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mercredi 15 avril 2026

Sisyphe sauvé par l'IA - ou de la raison du monde

Sisyphe, un nom qui dit quelque chose même à ceux qui n’ont que peu d’intérêt pour la mythologie. Un homme condamné aux enfers à rouler  une lourde pierre jusqu’en haut d’une colline, le rocher ne cessant de dévaler tout le chemin parcouru avant d’atteindre le sommet, Sisyphe devant sans cesse recommencer. 

Ce supplice est vu comme une condamnation absurde, utilisé parfois comme métaphore par nos contemporains pour décrire une tâche qui ne semble pas avoir de fin et qui peut également être privée de sens. Un travail infini et sans sens lié à un sentiment que l’on retrouve aujourd’hui éprouvé très fréquemment parmi les générations de travailleurs. Si cette métaphore aurait toutes les vraisemblances d’être liée aux travaux à la chaîne, la désindustrialisation et la peur de perte d’emploi pour les manoeuvres, ainsi que les travaux de bureaux aux tâches statiques déshumanisées l’ont propagé dans les activités de service où les niveaux de diplômes sont plus élevés. Ce sont d’ailleurs ces mêmes travailleurs qui ont parfois eu la chance d’étudier Albert Camus et ses écrits sur l’absurde dont le Mythe de Sisyphe est un essai remarquable.


Mais alors rêvons un peu, aujourd’hui j’entends de nombreuses personnes s’enthousiasmer du fait qu’elles vont pouvoir se délester des tâches lourdes et intéressantes grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Pourquoi pas ne donner ces outils à notre bon vieux Sisyphe ? Et comme il s’agit pour lui d’une activité fortement physique, allons de bon aloi lui confier des robots qui fonctionnent avec l’aide de l’intelligence artificielle.

Sisyphe est donc assis en bas de la colline, un ordinateur sur les genoux, très malin comme il fut toujours, il comprend très vite le fonctionnement de ces outils, lance un programme, lui demande tout de même avant s’il ne peut pas revenir d’entre les morts. L’agent IA lui dit non, je suis désolé, je ne peux faire cela mais je peux vous aider à programmer ces robots qui pourront monter cette pierre au sommet jusqu’à ce que la mission soit accomplie.

Très joyeux notre Sisyphe ! Il dit banco et lance l’agent qui s’exécute. Le robot se met derrière le gros caillou et il pousse la pierre. Il va à un bon rythme, Sisyphe qui a l’habitude de monter et descendre le suit. Au moment d’arriver au sommet, la pierre dégringole. Sans moufter le robot descend et recommence. Sisyphe le suit à la descente et se dit que ce n’est que partie remise. Puis le robot pousse, la pierre dégringole et ainsi de suite. Au bout d’une dizaine de fois Sisyphe se rend compte que cela ne change rien au problème sauf qu’il ne pousse plus, ne souffre pas lui-même physiquement mais ne peut que contempler le désastre.


L’IA a-t-elle donc changé le sens du châtiment et l’absurdité de la tâche ? Question évidemment rhétorique car non, rien ne changera dans la destinée de Sisyphe qui est dans tous les cas et malgré toutes les ruses qu’il peut imaginer condamné à remplir cette tâche qui paraît absurde. 

Certes ce n’est pas lui qui fait réellement avec ses mains et ses jambes, il est dans l’attente et même dans l’apathie. Alors qu’avant à l’effort de la montée succédait une période de calme, de descente physique et émotionnelle où il pouvait penser à sa condition humaine, à sa condition et à peut-être tant puisse-t-il être absurde à se ressourcer et à avoir de l’espoir, il n’est même plus dans l’action. Pourtant l’absurdité est, elle, toujours là, comme si lui n’avait même plus de raison d’exister mais ne pouvant se soustraire à ce destin terrible étant déjà aux Enfers . 


L’IA et la robotisation ne change pas la vie de Sisyphe tout comme elle ne change en rien la vie de l’homme. Elle peut soulager de certaines tâches en apparence mais est-ce réellement un progrès pour la nature ontologique de l’homme ? 

Si toutes les tâches sont confiées à des automates pilotés par une Intelligence artificielle que devient la vie de l’homme ? Certains vont dire, mais tu ne vois pas le gain de temps !!! Le gain de temps de pourquoi ? Pour passer plus de temps devant des écrans et ne même plus activer son muscle cérébral, pris par des faisceaux hypnotisants insensés d’images, déshumanisant l’homme qui bientôt programmera les bisous du soir aux enfants quand ils se couchent. C’est toujours la même chose, un robot et un IA peut le faire et moi comme cela je sors du train train et  je peux … Et bien pas grand chose, regarder une nouvelle série Netflix qui n’a jamais autant ressemblé à la précédente que la précédente n’avait ressemblé à l’antépénultième. 


L’homme finit toujours par mourir. Ça peut paraître absurde ou beau et respectable. 

La finitude des choses les rend estimables. Se priver de travailler, de souffrir et ainsi de pouvoir réfléchir à notre condition ne rend pas la vie plus belle. Cette absence de vie zombifie l’humanité et la met hors d’elle-même la privant au fur et à mesure des contacts avec autrui, du lien avec l’autre, avec l’alter-ego. On peut entrevoir ici hélas la fin de ce qui permit à l’Homo Sapiens de se développer. C’est cette capacité à créer des groupes sociaux qui lui a permis de se développer et de prendre l’avantage sur les autres espèces ainsi que de maîtriser son environnement. Des hommes zombifiés, qui ne pensent plus qu’à asseoir une pseudo volonté de toute puissance en ayant plus de chiffres sur un écran d’application bancaire. L’homme est-il maître de son destin où s’est il déjà fait coloniser ?


Une façon de voir l’histoire et le développement de la sédentarisation qu’a développé Yuval Harari  dans son livre Sapiens m’a profondément marqué. Alors que le blé était une plante sauvage et que le chasseur cueilleur semble n’avoir dû travailler que quelques heures par jours pour subvenir à ses besoins, jouissant donc d’une vie peu besogneuse quoique risqué, le développement de la culture des céréales a à la fois permis de nourrir plus de bouches mais a également rendu le dur travail des champs obligatoire, avec de longues journées, l’installation de camps fixes, la sédentarisation, la vie en intérieur, le développement des maladies, le besoin de faire plus d’enfants, etc … L’homme s’est donc extrêmement développé mais le blé ou les autres céréales aussi. Il se pose alors la simple question: Qui de l’homme ou du blé a réellement domestiqué l’autre ?

N’est ce déjà pas la même chose avec l’IA ?


L’illusoire volonté de toute puissance de certains hommes aujourd’hui qui déborde et qui créé des comportements inimaginables il y a peu, s’accompagne, ou est suivie d’une concentration des richesses sans précédent. L’IA et ses outils vont remplacer une série d’activités et concentrer les revenus vers un nombre d’acteurs économiques très limité. Je crois que le serpent finira pas se mordre la queue mais j’imagine que de peu saines personnes comme le POTUS d’aujourd’hui pensent pouvoir tout acheter même quand il n’y aura plus d’acheteur car ils fantasment même de la vie éternelle. Les investissements boursiers ainsi que les développements opérés par les transhumanistes font froid dans le dos, mais ceci est un autre sujet.


Pour en revenir à notre Sisyphe, il fut condamné à ce châtiment car il dupa la mort (Thanatos), par deux fois. A bon entendeur … 

La fiction, génératrice de réalité

Texte écrit en avril 2025.

La fiction et la réalité, un couple qui aujourd’hui voit son rapport évoluer notamment avec l’usage massif, le plus souvent pour jouer, des outils dits d’IA générative. Des outils qui sur la base d’un nombre difficilement préhensible de données, de différents modèles, de capacité à générer des mécanismes probabilistes poussés produisent des contenus écrits, visuels et autres qui singent une certaine réalité. Un bon nombre de personnes se laissait déjà berné par les “fake news”, issues de propagande ou relevant pour certaines de simples canulars, vont se voir perdus par des contenus aux airs les plus réalistes. Si certaines textures d’images permettent encore à l'œil aguerri de se rendre compte de la supercherie, ces défauts seront bientôt lissés et seule la raison, la connaissance et un esprit critique libre pourra permettre aux plus éclairés de ne pas se laisser avoir.

L’expansion de ces media, que chacun peut produire sans frais personnel direct (mais c’est oublié que les serveurs d’IA consomment une énergie incroyable et pour faire très court réduisent l’espace vital des ours polaires) remet au centre de mon attention cette réflexion du rôle de la fiction dans la création du futur, et donc de la réalité postérieure.


Le rôle de la transmission des histoires et des mythes a de tout temps structuré les sociétés humaines. Avant l’âge de l’écrit il s’agissait de tradition orale que les historiens et anthropologues déduisent par l’observation de ce qui se passe dans des sociétés observées et documentées plus récemment. L’écrit, les symboles ainsi que les fresques rupestres tout d’abord puis les autres traces et pierres gravées, avant que ce ne soient des manuscrits, corroborent le rôle de la transmission par les histoires dans la constitution de nos sociétés. L’âge de l’écriture a permis de garder trace notamment des propriétés, des cadastres et donc d’organiser et de transmettre les propriétés naissantes. Si les premières traces écrites ont pu être déchiffrées comme étant des inventaires (nourriture, production, stock) qui permirent donc l’expansion économique, les échanges et l’hérédité, bien vite sont apparues des traces d’histoire et de mythes. La symbolisation par l’écrit, le dessin puis le texte de mythes et de dieux fondateurs ont assis la transmission de croyances et leur caractère indubitable. Un temple égyption surplombé des artéfacts de tel Dieu imposait son existence au visiteur. Les scribes avaient une place centrale dans les mécanismes de pouvoir et les relations sociales. Un cultivateur n’aurait sans doute pas eu l’idée de remettre en cause le concept de pesée des âmes d’Anubis devant une fresque à la beauté et aux coloris divins. La création de dogmes s’est donc vu étayée par l’écrit, qui pouvait à la fois servir de preuve, de menace mais aussi d’élément de transmission. Ce qu’il reste aujourd’hui de l’antiquité nous est parvenu à la fois par des écrits et des monuments. Homère a raconté la guerre de Troie, les tragiques grecs ont écrit de nombreuses pièces de personnages qui étaient déjà mythiques, certains sur des bases historiques sûres (existence de Mycènes, Agamemnon et compagnie) et d’autres alliant des histoires, des représentations divines parvenues du passé. Le rôle de ces dieux s’est donc vu parfois étayé par les dramaturges. Le travail extrêmement délicat, voire impossible est bel et bien de tenter sur des bases objectives de démêler le probable de l’improbable et de tendre à une certaine vérité éclairante. L’histoire est cependant écrite par les savants, les vainqueurs et les riches. Nos temps modernes nous montrent qu’il est facile de faire disparaître des hommes politiques de certaines photos historiques, et cela devait l’être encore plus alors que les medias disponibles étaient très rares et donc bien plus maîtrisables. 


Passées ces considérations historiques, l’interrogation qui m’occupe aujourd’hui est de tenter d’éclairer le lien entre la fiction et la réalisation des possibles. En se cantonnant au moyen d’expression transmissible à travers des générations le plus ancien, c’est à dire l’écriture, vous me permettrez de ne pas développer la notion que pour qu’une idée existe elle doit être verbalisée (Au commencement était le verbe …). L’utilisation du langage oral ne laisse pas de trace en dehors de la communauté si la transmission se fait en continu (le sage du village) mais l’écrit reste, enfin il a le plus de chances de rester. Et cet écrit peut donc constituer une réalité pour les générations qui s’y intéressent. Le développement de la fiction depuis l’épopée de Gilgamesh dont les tablettes retrouvées dont la mise en forme datent du XVIIIe siècle AEC en Mésopotamie n’a cessé de se développer jusqu’à inonder aujourd’hui nos vies. Les écrans développant aujourd’hui l'omniprésence de toute fiction, de documentaires parfois plus fictifs qu’historiques, de vidéos disponibles sur les réseaux électroniques donc la véracité ne pourra jamais être démontrée, et aujourd’hui de contenus générés avec une intervention humaine inexistante par l’intermédiaire des outils génératifs dont j’ai parlé en introduction.


Deux lectures dont le sujet n’en était pas l’étude et qui présentaient des analyses empiriques m’ont profondément alertées sur ce point. La première, le livre Gomorra de Roberto Saviano qui décortique les mécanismes de fonctionnement de la Camorra, mafia napolitaine, m'avait marqué. J’étais dans mes jeunes années friand des films dit de gangster ou de mafia. Le Parrain de Francis Ford Coppola bien évidemment, les Affranchis ou encore les films de Yakuza parmi d’autres. Je ne m’étais pas posé la question de la probabilité historique de ses films tant il semblait romantique de croire à de telles histoires. D’ailleurs réfléchissez y quelques secondes, n’est-il pas plus enthousiasmant de regarder le même film quand vous avez comme premier sous-titre : “inspiré de faits réels” . Comme si la probable réalité de la fiction devenait d’autant plus subjuguante de par cette simple mention. “Et en plus t’as vu c’est inspiré d’une histoire vraie !!!”. Et si c’était le contraire, si c’était cette fiction qui inspirait la vie réelle ?


Dans son premier livre, qui lui impose une protection policière à vie, très bien illustrée dans la bande dessinée “Je suis toujours vivant” dessinée par Asaf Hanuka, Saviano explique que les allures des mafieux, aux longs imperméables semble être tirée des fictions et des films de gangsters. Qu’ils sont influencés par leurs doubles fictifs romancés et parfois idéalisés. Cette esthétisation de la violence dans la fiction peut également poser problème car elle peut en faire un moment disparaître, pour les principaux concernés, le caractère ignoble et insupportable. Des réalisateurs comme David Cronenberg lors des interviews suivant la sortie de son film de 2007 Les promesses de l’ombre avait illustré ce paradoxe et expliquait que ses scènes de violence étaient bien plus courtes et directes que dans la plupart des autres fictions et qu’il fallait que le spectateur sente qu’un coup de couteau cela faisait réellement extrêmement mal. Il peut être jouissif pour les jeunes “va t’en guerre” de voir un héros quasiment immortel sauver la patrie malgré les 10 balles reçues mais sans mettre de côté le bravoure de bon nombre de personnes, la limite physique nous ramène à la réalité. La fiction peut-être utilisée pour racoler, motiver et donc servir de propagande. On condamne très facilement la propagande des systèmes autoritaires du passé, comme en Allemagne nazie avec la glorification notamment grâce aux images de Leni Riefenstahl de la domination de l’homme supérieur Allemand, où la force du productivisme de la Russie de Staline avec la gloire de l'ouvrier à la force stakhanoviste mais proche de nous et encore acclamé dans les salles, le Top Gun Maverick, deuxième édition donc, a reçu toutes les grâces et facilités de l’armée américaine après qu’elle avait vu une explosion du nombre d’enrôlés volontaires après la sortie du premier film.

On pourrait prendre le paradoxe de qui précède entre fiction et réalité comme le jeu de l’oeuf et la poule cependant la deuxième fois où une lecture m’a particulièrement alerté sur cette réflexion était celle du Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion où il expose la nécessité de la fiction positive, en l'occurrence dans son propos, le fait de promouvoir des sociétés qui ont un mode de fonctionnement respectueux et compatible avec l’environnement pour entraîner le changement. Comme si quelque part l’homme avait besoin qu’on lui montre le chemin, de voir que c’était possible pour s’y mettre et y parvenir. Depuis qu’un quidam qui n’a comme qualité première que d’avoir su exploiter le système médiatique a gravi l’Everest de nombreux apprentis alpinistes sont convaincus qu’ils peuvent faire de même. 


La communication et les images peuvent donc conditionner mais jusqu’à quel point ?

Revenons en arrière, après la seconde guerre mondiale, période d’expansion économique ultime pour les Etats-Unis qui en échange de nombreuses vies se voyait en position idéale pour faire rayonner ses productions et ses modes de vie, bas nylons, chewing gums, cigarettes, l’homme du futur avait sauvé la liberté et il fallait se revêtir de ses artefacts. La boîte à rêve d’Hollywood et plus généralement la production médiatique des Etats-Unis n’est elle pas en fait une boîte à cauchemars. Lucky , Chesterfield, Camel et d’autres prônent dès la fin des années 1920, que la cigarette était approuvée par le docteur, qu’elle était bonne pour prévenir les problèmes de gorge, et que c’était bien dommage que les bébés ne fument pas car la fumée ne leur faisait rien. Cette cigarette au lèvres de toutes les grandes stars de cinéma américaines, puis du monde entier par mimétisme s’est installée comme fléau sanitaire mondial. Si ces cigarettes avaient seulement été aux lèvres des losers dans les films aurait-elle eu tant de succès ? 


Une question que j’ai entendue dans plusieurs vidéos prises dans des conférences est interpellante : l’intervenant demande au groupe d’essayer d’imaginer la fin du monde ? Le public semble receler de nombreuses idées, avoir de nombreux scenarii possibles et de ne pas manquer d’imagination. Puis l’intervenant pose une seconde question : Maintenant je vais vous demander d’imaginer la fin du capitalisme ! Les murmures sont bien plus discrets, des sourires gênés se dessinent sur certaines lèvres d’où le conférencier de conclure : Vous voyez il vous est beaucoup plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.


Prenons cet exemple, non comme parole d’évangile mais pour s’interroger sur les raisons potentielles d’une telle différence. Je vous pose la question de me lister le nombre d’histoires, films ou livres qui traitent de la fin du monde ou d’une menace qui pourrait entraîner la fin du monde. Et de faire le même exercice sur la fin du capitalisme. Je ne vais pas jouer sur un biais cognitif de conclusion, mais disons que le lien mérite d’être étudié et corrobore cette idée du rôle que la fiction semble permettre au réel de survenir. Certes, nous n’avons pas encore pour tous les skateboards volant de Retour vers le futur 2 qui faisaient baver d’envie l’enfant que j’étais et que nous sommes extrêmement loin de parvenir à une solution de téléportation, nous n’en sommes qu’à la téléportation quantique d’un photon sur 44 kilomètres réalisée en 2021 par des scientifiques canadiens et américains. 

Mais pour revenir à des sujets qui demandent moins de défis et de recherche à la science, de nombreux éléments sont apparus dans les récits de science-fiction avant de venir dans notre vie de tous les jours. Alors est-ce vraiment Hergé qui a inspiré les Etats-Unis et la Russie à se lancer dans une course au premier alunissage, est-ce Jules Verne qui permit l’exploration des fonds marins et des entrailles de la Terre je ne me permettrais pas de répondre ici avec une certitude absolue, cependant montrer la voie et avoir des éléments d’inspiration semble jouer un rôle très important dans la réalisation des probables. 

Certains romans qui ont été écrits pour dénoncer les totalitarismes semblent être devenus hélas des manuels pour certains gouvernements. 1984 de Geogres Orwell qui fut écrit pour dénoncer les systèmes totalitaires au lendemain de la seconde guerre mondiale, transposant dans un monde de futur une combinaison de ce qui s’était passé et de ce qui pourrait se passer peut sembler aujourd’hui être appliqué à la lettre par certains gouvernants.


Il ne faut cependant pas se tromper, la fiction si l’on prend de tels ouvrages a pour but de prévenir pour que ça ne se reproduise plus mais hélas à l’ère de la défaite, ou en tout cas de la forte régression de la pensée libre et de l’esprit critique, dans des sociétés où la censure devient pratique commune et où l'obscurantisme attisé par les défenses des intérêts propres et de groupuscules aux dépens de l’harmonie collective de la société ne cesse de s’étendre, cette critique semble minoritaire et ne pas suffire à faire réfléchir. La mainmise sur l’édition et la production médiatique ne facilite pas les voix divergentes à se développer. Alors que le monde médiatique continue de s’extasier devant des stars qui prennent leurs jets pour aller chercher le pain il serait sans doute opportun de promouvoir d’autres modèles, d’autres histoires, des histoires pleine d’humanité, de vivre ensemble de façon durable afin de voir si ces nouvelles histoires peuvent définir un futur éclairé et qui fera la part belle à l’harmonie.


lundi 11 avril 2022

Gueule de bois

C’était prévisible. C’était désiré par le gouvernement et les grandes fortunes françaises mais voilà, j’ai eu une lueur d’espoir de dernière minute précédant ce qui se révèle une nouvelle fois être une catastrophe. A l’inverse de 2017 où j’avais montré mon enthousiasme à l’égard d’un programme politique, écologique et économique intelligent je n’ai presque rien publié sur Facebook cette année. Facebook m’a en effet placardisé, seule une vingtaine de personnes voyant mes informations dans leur flux, et ce depuis que j’ai ouvertement critiqué l’algorithme même de Facebook et sa politique de censure.

Cependant devant une campagne où le sujet de la préservation de notre environnement a été moins évoqué que tout autre, j’ai partagé un tableau analysant par le biais de différentes associations et de leur grille de lecture la compatibilité des programmes des douze candidats avec les sujets de prédilection de ces organisations, dont l’écologie. Dans le même temps les écologistes non politiques se sont rassemblés pour tenter d’avoir un candidat, pouvant porter un projet d’attention envers l’avenir de notre planète et de nos générations, au second tour. J’ai suivi ce mouvement et j’ai donc eu une petite lueur d’espoir.

Car pour toute personne saine d’esprit je ne conçois pas que consciemment on puisse choisir de mettre un bulletin pour une personne qui clairement appuie sur l’accélérateur pour heurter un mur de plein fouet. Rapports du GIEC, manifestations visibles du dérèglement climatiques se succèdent et ne sont pas abordés, ou très peu, dans les médias. Donc pour ceux qui vont me lire, les rares courageux qui entre deux réunions et une machine à café en panne se diront ah oui tiens il a écrit un truc, et qui ne sont pas ou ne veulent pas être au courant je pourrai résumer la situation à : nous allons nous et notre descendance tous mourir dans d’atroces souffrances. Ou pas loin. Car que disent la totalité des experts mondiaux, le réchauffement climatique dépasse toutes les prévisions et si les choses ne s’inversent pas drastiquement, la moitié de la population mondiale verra très vite son habitat devenir invivable ce qui entrainera de profonds déséquilibres, migrations et donc des guerres de ressources et de territoires de plus en plus fréquentes et violentes. Donc si vous avez mis un petit drapeau ukrainien sur votre profil Facebook ou si vous avez apporté une boîte de riz basmati à une collecte et que vous n’avez pas voté pour un candidat défendant un programme écologique, et bien comment dire … soit vous êtres tout simplement bête (ne jamais sous-estimer la bêtise humaine), cynique ou manipulé. Ceux qui sont contents de voir une guerre et qui pensent qu’il faut se réarmer jusqu’aux dents et prêchent l’isolationnisme ne sont pas visés par ma phrase précédente, car même s’ils sont également bêtes (bien que le mot bête faisant référence au règne animal il est dégradant pour les animaux utilisé dans ce sens, toutes mes excuses), ils sont cohérents.

Donc à deux pourcents près nous aurions pu avoir un choix au second tour, un choix entre ceux qui sont pour une plus grande équité, et ceux qui pensent qu’une minorité d’élus est à même de prendre les meilleures décisions pour tous, et que ces mêmes élus sont quasi des surhommes et méritent bien toutes les richesses qu’on leur permet de faire fructifier. Ce sont deux points de vue qui auraient pu s’opposer et des débats sur le sujet auraient été intéressants. Je peux très bien entendre qu’on me dise que le peuple ne peut se gérer, qu’il faut que les plus « intelligents » prennent les décisions, ce n’est pas ma façon de voir les choses mais l’on peut en débattre. Ici ce ne sera pas le cas, nous aurons deux candidats qui ont une vision extrêmement réduite de la situation écologique. Je suis certain que le candidat favori va mettre un vernis écologique dans le débat d’entre deux tours pour être certain de ne pas avoir une mauvaise surprise, peut-être même les deux, mais ce sera comme quand Ferrero dit agir pour la santé des enfants ou que Total dit agir pour notre futur, du greenwashing de marketing et community managers qui n’ont aucune honte à mentir et mettre en danger la vie d’autrui pour une bonne rémunération. 

Un de mes amis, qui était macroniste en 2017, peut témoigner qu’avant le premier tour de l’élection présidentielle passée j’avais essayé de lui expliquer comment je voyais les choses si Macron devenait président : dissensions sociales profondes, dilapidation du service public pour faire des cadeaux aux ultra-riches, décisions sans consultations publiques, service pour les intérêts des grandes fortunes et des entreprises en premier chef. C’est facile de dire je le savais après, mais ce fut un très triste mandat avec la réalisation des mauvais augures prédits cités ci-dessus. Je ne vais pas faire un worst of (gestion du mouvement des gilets jaunes, répressions policières et loi de sécurité globales, glyphosate, gestion de la crise Covid, diminution de l’impôt des ultra riches et des plus riches, diminution des prestations des service publics etc …)  du mandat, mais au mieux les plus optimistes peuvent dire que nous avons perdu cinq ans par rapport aux réels changements que nécessite l’urgence écologique et sociale. C’est quelque part l’un des rares présidents qui ne m’a pas déçu, il n’a jamais caché sa conception du monde, une conception autocratique et élitiste, hélas pas élitiste par la performance et la raison, mais élitiste d’héritage, et ses actions ont été cohérentes par rapport à sa vision. Pour rappel l’ascenseur social a comme vertu de rafraichir les élites et donc d’apporter des compétences nouvelles en adéquation avec les besoins actuels. Sans cela on stagne dans une forme de consanguinité de pouvoir mortifère sauf pour les quelques privilégiés qui tirent toujours leur épingle du jeu, tout comme en période de guerre où les profiteurs prospèrent. 

Concernant l’autre candidate, c’est un épouvantail et même si je le pensais déjà j’ai eu il y a quelques semaines la confirmation de mes impressions : Macron et ses sponsors privés ont tout fait pour que Le Pen soit au deuxième tour afin d’éliminer tout choix du deuxième tour. Le Pen ne sera jamais au pouvoir. Même si elle gagnait au second tour, ce qui me semble improbable, le mois suivant aux législatives elle n’aurait même pas une minorité de blocage car les électeurs ne voteraient jamais pour une assemblée avec plusieurs centaines de députés du front national. Une trentaine au maximum. Et donc à part l’image catastrophique que cela représenterait et la honte incommensurable que nous aurions à subir pendant cinq ans, le gouvernement du pays ne sera pas un gouvernement du Front National.

J’ai donc eu un exemple de manipulation claire de l’opinion un soir, en zappant sur l’émission de Cyril Hanouna sur C8. Cette émission parlait de politique, et du passage de Le Pen dans la même émission la veille ou l’avant-veille. Passée la surprise de voir que cette émission où on s’écrasait des œufs sous les aisselles était devenue le lieu d’interviews de candidats politiques ce qui me choqua le plus fut les commentaires des chroniqueurs et d’Hanouna lui-même qui étaient tous extrêmement positifs envers la candidate d’extrême droite : « Elle a bien travaillé » « Elle est devenue plus cool quand même » « Moi je l’ai trouvée très bien » etc etc. J’ai de fait été choqué et j’ai réalisé que cette chaîne de télévision comme bon nombre d’autres média appartenait à un fortuné qui a tout intérêt à voir Macron élu à nouveau, et donc le meilleur moyen pour y arriver est que le second tour n’offre aucun choix, et donc d’avoir l’adversaire le plus clivant et incompétent.

Le deuxième moment où j’ai réalisé une nette influence fut lors des envois des emails de campagne des candidats. En tant que Français de l’étranger inscrit sur une liste consulaire mon adresse email est à disposition des différents partis et je reçois donc en théorie des messages de tous en période électorale. Cette année ce fut différent et je ne l’ai compris que tardivement : je recevais les emails de Macron, Le Pen et Pécresse. J’étais étonné de ne pas en recevoir d’autres mais n’y portai pas tant d’attention jusqu’au jour où en attente d’un autre message je suis allé fouiller dans mes spams et j’ai réalisé que tous les messages des autres candidats y étaient. Google (email gmail.com) a donc dans son filtre permis que je ne reçoive des messages que de trois candidats. Pourtant ces candidats ne correspondent pas à mes centres d’intérêts et aux recherches que je peux faire sur Google. M’intéressant au sujet écologique les emails de Jadot auraient dû au moins me parvenir si on cherche à disculper Google et à trouver une logique en faveur de l’usager.

Pour revenir sur ma catégorisation préalable de ceux qui disent ne pas aimer la guerre mais n’ont pas voté pour des candidats porteurs de paix sociale et écologique, je leur laisse donc le bénéfice du doute concernant une possible bêtise car pour la plupart une certaine manipulation a donc bien pu opérer. Il est compliqué de s’éveiller, de s’approcher de la vérité (je n’ai d’ailleurs aucune certitude sur ce point en ce qui concerne mes connaissances) mais il est impératif de s’interroger, de ne pas prendre pour acquis ce qui nous est inculqué sous perfusion par un système médiatique qui n’a plus aucune indépendance et qui décide de faire la pluie et le beau temps, non pas au service de son public, mais bel et bien de ses propriétaires.

Il va donc y avoir un second tour qui sera stérile (en terme de changement tout du moins) pour l’avenir de nos enfants. Il y a, peu de temps après, les législatives, cela permettra d’entretenir un espoir, espoir qui sera sans doute déçu par le nombrilisme des hommes politiques qui ne vont pas hésiter à retourner leur veste pour entrer dans une majorité, avoir un bon salaire et garder leur privilège. Mais essayons tout de même de voter et d’apporter ce que nous pouvons.


 

mercredi 23 mars 2022

Télérama l'étendard du néo-féminisme

 

Télérama, hebdo un peu télé et plutôt culture de mon enfance et après, qui m'a accompagné dans ma découverte du monde cinématographique notamment, a choisi de changer sa tête de bonhomme utilisée pour l’appréciation des films en tête de bonne femme. Ulysse, dont je viens d'apprendre le prénom et me rendre compte qu'il était sexué, créé dans les années 1950, devient Pénélope. 

Je n’étais pas mega enthousiaste à la lecture de l’info comme devant tout élément nostalgique qui disparaît mais je me disais qu’ils surfaient sur la tendance médiatique. Je me disais, rrrr c'est dommage. C’est en lisant leur publication sur Instagram un peu plus tard que je me suis rendu compte que c’était bien plus que ça.

Car avoir une tête de bonhomme c’est pour Télérama : « assujettir nos choix à un regard masculin » du coup ils assument mettre une tête de bonne femme ce qui, si je transpose simplement, serait assujettir nos choix à un regard féminin. Je dis bien selon Téléram car c'est ce qu'ils ont écrit noir sur blanc. Avant même de lire ce post jamais je n'aurais pensé que cette petite bouille ait pu être vue comme un despote. D'ailleurs l'on peut ajouter que le dernier Ulysse avec sa coupe de cheveux pouvait être des deux sexes, et qu'il aurait suffi de changer le prénom que personne ne connaissait à part les rédacteurs de Télérama. 


Au lieu de se tourner vers un équilibre (extrêmement simple de faire une tête neutre avec un prénom épicène) et de choisir la nuance bienveillante, Télérama prend donc le parti (selon leur explication donc) de passer d’un despotisme à l’autre, tout en agressivité. 
Alors bien sûr les motivations sont bien plus mercantiles qu’idéologiques, le féminisme nouveau agressif fait vendre beaucoup et est très bien exploité comme un nouvel eldorado de la culture et du lifestyle mais il ne sert que très peu ce qu’il prétend défendre en accentuant les tensions intra-sociétales. C’est bien dommage. A la différence de ce que veulent faire croire une petite proportion de féministes, la femme en France n'est pas dans une position soumise aujourd'hui (attention je ne dis pas qu'il n'exsite pas de discrimination, ce sont deux choses différentes). Sur ce point et pour avoir des données objectives je vous recommande vivement le livre Où en sont elles ? d'Emmanuel Todd qui présente les faits avec le plus de précision et d'objectivité possible. 

Et au passage la nouvelle tête, tout comme la précédente dessinée par Satouf, est assez moche, mais il est vrai que Pénélope Bagieu est plus douée pour développer son aura médiatique que pour son trait de crayon. L'objectif était sans doute de faire parler, de faire un peu de buzz, c'est en partie réussie mais si c'est au prix du départ des lecteurs et abonnés fidèles nous verrons d'ici deux ans si c'était économiquement pertinent. D'un point de vue culturel, c'est déjà un échec. 

Bref je n’ouvrirai plus Télérama. #telerama Télérama



mercredi 2 mars 2022

Rapport du GIEC : la Russie s’engage à ne tirer que des missiles électriques sur l’Ukraine.

Voici un court texte que la couverture médiatique actuelle m'a inspiré, écrit ironiquemet à la façon de The Onion ou Le Gorafi:



Alors que la plupart des écologistes et climatologues s’alarmaient de voir que le dernier rapport du GIEC sur les changements climatiques inéluctables des vingt prochaines années n’était guère pris au sérieux, une bonne nouvelle, certes inattendue est venue de Moscou.

Dans une interview à nos collègues de la télévision RT,  Sergei Lavrov a hier fait une annonce qui restera sans doute gravée dans l’histoire comme un premier pas dans la prise de conscience de l’enjeu du siècle :

« Nous avons été alertés à la lecture du dernier rapport du GIEC et après une discussion avec nos experts et le président Poutine, nous avons décidé d’agir. Nous ne tirerons plus sur l’Ukraine que des missiles à propulsion électrique ». 

Devant cette bonne nouvelle même le président Zelenskyy  n’a pu que saluer cette initiative : « C’est vrai qu’au début du conflit j’avais l’impression qu’ils n’en avaient rien à faire de tout le reste. Mais c’est rassurant. »

Des sources que nous ne pouvons dévoiler ont malgré tout remis en question cette considération soudaine de la Russie relatant une ancienne conversation dans laquelle Poutine aurait dit attendre avec impatience le réchauffement climatique afin de dégager des terrains suffisants en Sibérie pour construire de nouveaux parcs d’attraction (NDR : la source avait tout de même un doute entre attraction et concentration n’ayant pu entendre distinctement les propos).

Pour terminer sur une note positive le ministre Lavrov précisa également que les cibles principales des bombardements en Ukraine étaient seulement des bâtiments extrêmement énergivores et qu’ils seront au côté des Ukrainiens pour reconstruire des maisons et immeubles à énergie passive. « Nous pensons qu’avec nos actions ciblées, et tout en respectant le style architecturale de Kiev et des autres grandes villes, grâce à ces démolitions et reconstructions, l’Ukraine pourra économiser jusqu’à 40% de sa consommation énergétique ». 

Ce qui dans le contexte actuel n’est pas négligeable.


vendredi 6 mars 2020

Marre des censeurs

Alors me voici à écrire un coup de gueule. Coup de gueule large et de fait un peu approximatif (désolé ça fait longtemps et j’ai l’écriture rouillée) sur notre société et sur un phénomène que je vais appeler l’obscurantisme et totalitarisme des minorités dominantes sous couvert d’une éthique variable.

Si je devais publier ce texte sur Facebook ou similaire il me faudrait prendre des milliards de précautions pour ne pas me faire insulter, traiter d’amateur de pédophilie, de machiste, de raciste etc … La liste serait longue car ce contre quoi j’écris aujourd’hui ce sont bien tous les groupes de défense qui abusent de leur droit à protéger ou à développer les droits des minorités en versant dans l’excès et dans la censure. Il me paraît clair que nous sommes dans une période d’obscurantisme. Le sujet d’identifier le pourquoi n’est pas mon propos mais en simplifiant ma réflexion je peux avancer qu’un des accélérateurs (ou initiateur) est le phénomène des réseaux numériques sur internet où l’on voit des propos qui certes existaient peut-être auparavant mais qui étaient confinés aux comptoirs de certains bars ou dans des lieux privés et qui n’avaient aucun écho. Tout comme inversement des évènements n’étaient connus que de peu de monde et donc l’indignation était moins répandue et ne s’auto-entretenait pas comme aujourd’hui où des discussions souffrent d’une émulation intrinsèque consanguine. Les réseaux sociaux faisant voir ce que vous avez le plus de chance d’aimer. Ainsi on peut croire en fonction que tout le monde est devenu écolo du jour au lendemain ou que tel candidat a des chances de victoires aux prochaines élections alors qu’il n’en est rien.

Cela fait un bon moment que je déplore la mort de la nuance et la déliquescence de notre langage, voir mon post du 23 août 2012. Hélas les choses ne se sont pas améliorées et nous nageons dans un monde sur-médiatisant les caricatures d’opinions les plus simplistes. Les pensées complexes sont condamnées à être résumées par des hashtags courts et réducteurs, les plus actifs commentateurs des réseaux ne lisent plus que les mots en gras et même certains experts ou penseurs qui ont pignon sur rue se contentent de lire l’introduction et les dernières pages d’un livre, sans pour autant n’avoir aucune honte à le vilipender et à le condamner fermement (cf. critique du livre Libre d’obéir par Olivier Sibony qui n’a pas pu lire et écrire cette critique Non les managers ne sont pas des nazis !, pas possible, ou sinon il a été frappé de débilité analytique absolue). 

Maintenant c’est blanc ou c’est noir, si j’émets des réserves (sans même être forcément contre) sur la GPA je suis forcément homophobe, si j’émets une critique sur une actrice qui s’insurge en pleine remise d’un prix cinématographique je soutiens la pédophilie. Le but n’est pas ici de revenir sur des évènements précis mais plutôt sur cette tendance de fond qui m’insupporte. Le tribunal médiatique semble aujourd’hui prendre bien plus d’importance que notre justice, comme si nous oublions que c’est cette justice qui créé le fondement de notre société et est malgré ses imperfections garante de notre pacte social. Déclarer a priori coupable tout un chacun sous le joug d’une accusation dans la presse (qu’il y ait plainte ou non) est nier le principe même de jugement et de présomption d’innocence, et ne parlons même pas de la notion de seconde chance qui représente un tout autre débat mais qui est condamnée d’avance. C’est à qui dégainera le plus vite sur internet et aura le plus de « like ». A ce jeu-là les groupes organisés défendant des minorités sont parfois facilement gagnants car ils jouent sur l’indignation : «  non mais regardez ce gars dont plein de gens disent qu’il a commis des actes pédophiles (ça marche aussi avec raciste ou d’autres) qui reçoit le prix XY pour son livre, c’est une honte, il faut boycotter ». C’est ce qui marche et ça paraît imparable. Attention je ne dis pas que ce monsieur n’est pas condamnable, mais je dis bien qu’on ne peut se permettre sous peine de vivre sous un dictat totalitaire d’une certaine bien-pensance d’adhérer à ces invocations qui font penser aux heures les plus sombres de l’histoire. La dénonciation et l’indignation vont bon train, ça fait du clic, donc ça fait du buzz, du revenu Google donc c’est ce qu’il faut. 
Dans un courrier à Mediapart j’ai expliqué pourquoi après de nombreuses années je ne pouvais que me désolidariser et me désabonner. Alors que j’avais apprécié cette initiative de presse la plus indépendante possible et les dossiers d’investigation et de fonds j’ai vu pulluler en une depuis plusieurs mois des articles à charge sans analyse approfondie, sans base d’étude représentative, ne pouvant, vu la façon dont les articles étaient agencés, les mots choisis et le larmoyant de certains témoignages à sens unique, laisser aucune chance de salut à l’accusé. Tout cela dans la plupart des cas alors qu’aucune plainte n’était même déposée, comme si l’on revenait au temps des « justices expéditives » guerrières. Ils ont voulu surfer sur une vague qui doit vendre (enfin faire du clic) le mouvement metoo. C’est le truc du moment, et on s’insurge et on pousse à la censure. J’avoue avoir été étonné de la surprise de l’ensemble des media, surprise bien entendue feinte mais gobée par le public, comme si le « il faut coucher pour réussir dans le cinéma » n’était qu’une blague. Cela n’enlève rien au condamnable du fait. Ainsi pouvoir travailler dans ce milieu sans voir sa personne abusée est bien entendu essentiel, comme dans tout secteur et mérite une mobilisation. Mais voilà comme il s’agissait de stars Mediapart préférait parler d’un cas plutôt que de rechercher dans le monde ouvrier si c’était pareil ou pire. C’est plus facile et plus vendeur de parler d’abus sexuel quand la fille est plutôt jolie et a un poids médiatique que quand c’est une personne qui a beaucoup de poids mais non médiatique, et sans s’en rendre compte Mediapart  fait de la discrimination négative et du sexisme.

Aujourd’hui les titres de presse qui se succèdent parlent donc de Polanski, cet infâme violeur célébré par une caste machiste au pouvoir du cinéma français, des 90% de femmes qui disent s’être fait violer, et en parallèle d’autres parlent de la libération des femmes dans leur couple et du fait qu’il est bon pour elle d’aller voir ailleurs et de coucher avec d’autres personnes en plein mariage (Le Monde). Sans doute que pour moi cette journée (semaine du féminisme) tombe mal. Moi qui suis un homme (aie ça commence mal, donc forcément je ne peux pas comprendre ce que traverse une femme), de type caucasien (oulala), hétérosexuel (oui on dirait que je le fais exprès), avec un IMC en léger surpoids mais pas plus (purée si seulement je pouvais être obèse ou anorexique pour qu’on me pardonne mes autres tares,  je vais de ce pas dévaliser le rayon chocolat), qui lit des livres (mais quel snob), et qui trouve que Virginie Despentes et Christine Angot ne savent pas écrire (quel machiste) , dont les parents ne sont pas divorcés et ont eu des mœurs on ne peut plus classique (enfin à ma connaissance), qui ne suis pas tombé dans une quelconque dépendance et qui (vu de loin seulement) pourrait donner l’impression d’avoir eu une réussite professionnelle, forcément j’ai le beau rôle et de ce fait ma parole ne compte pas. Il faudrait que je sois un nain transsexuel et bi, obèse, immigré, fan de Guillaume Musso et travaillant dans une mine (je ne sais pas lequel de ces deux derniers points est le plus pénible) pour pouvoir me prononcer sans être taxé de tous les maux précédemment cités. 

Devant tant de bêtise et l’impossibilité d’échanger avec nuance j’étouffe littéralement et me sens du coup perpétuellement agressé. Récemment j’ai retiré pour la première fois de ma vie une publication que j’avais partagée car des « amis » Facebook ont commencé à m’insulter, tout cela car ils n’avaient lu qu’une phrase extraite de l’article et non l’intégralité (alors que j’avais mis en garde). Les gens ne lisent plus, c’est la folie de l’indignation. Et moi qui écrivais une incitation à l’indignation début 2011, j’ai peur d’avoir été pris au pied de la lettre. Là où j’ai été mal compris (non bien sur ce n’est pas le cas, ce ne sont pas la dizaine de lecteurs de mes posts qui vont compter) c’est que je parlais d’une indignation par rapport aux excès du pouvoir et au manque de démocratie représentative dans un but commun de bien pour tous, par pour déclarer la guerre et l’éclatement du lien social entre des gens différents. Aujourd’hui les évènements « Girls Only » se multiplient, si je peux comprendre ce qui a motivé cette tendance, je ne l’approuve pas, ce n’est pas en divisant une société qu’on la rend plus heureuse, elle devient simplement plus facile à gouverner et à manipuler. Il suffit d’agiter un pseudo scandale et d’activer l’indignation pour rendre inaudible un discours constructif. Quand on voit qu’une partie de l’opinion pense que le 49.3 adopté pour faire passer la loi sur la réforme des retraites sans aucun amendement est du fait de l’opposition, on mesure à quel point ces manipulations sont dangereuses. Donc arrêtons de nous diviser et au contraire regroupons nous, vivons ensemble. Les divisions renforcées n’ont jamais été gage d’harmonie et de paix et permettent à nos gouvernants d’exercer un pouvoir autoritaire, ce qui n’est pas l’option que je souhaite privilégier pour le futur de mes enfants (ah oui j’oubliais j’ai aussi eu des enfants sans PMA ni GPA honte sur moi, honte sur eux, je ne peux vraiment rien comprendre au monde d’aujourd’hui).



Illustrations : Thérèse rêvant - Balthus 1937 (pétition pour la faire disparaître du Metropolitan pour incitation pédophile). Hylas et les Nymphes - Waterhouse 1896 (décroché sur demande d'un groupe et d'une artiste pour image avilissante de la femme de la Manchester Art Gallery puis remis). Homme assis nu - Egon Schiele 1910 (S'est vu apposé de larges étiquettes cache-sexe sur les affiches de promotion d'une rétrospective à Vienne en 2018). Tintin au Congo - Hergé 1931 (appel à l'interdiction de l'oeuvre par de nombreuses associations et ligues). Pièces Les suppliantes - Eschyle -470 (accusée d'être racialiste et ayant été empêchée d'être jouée  par le Cran). 

mardi 25 avril 2017

Tournons la page, une première proposition.

Pour ne pas rester sur cette note triste de mon dernier billet j’espérais avoir bientôt un sujet heureux à traiter. Tel n’est hélas pas le cas, en tout cas rien de positivement notable . Si l’on prend les élections qui se sont achevées, ou presque, dimanche et bien mon niveau de satisfaction est bien bas. La qualité de la campagne a été catastrophique car elle n’a été que très peu sur le fond. La forme et ce que les journalistes appellent les affaires ont pris la plus grande place. Il y a eu, au sein des partis comme de la part des médias et des instituts de sondage un réel déni de démocratie. Les uns organisant une primaire pour mieux en trahir le résultat et donc les votants et partisans, les autres maintenant un candidat qui aurait dit de lui-même 6 mois avant, s’il avait dû se juger à l’aveugle, qu’il était inéligible, une chaîne n’invitant que certains candidats sur base de sondages pour le premier débat télévisé, un autre candidat en violation de ses droits par rapport à l’Europe dont il prend l’argent et qu’il condamne dans ses discours … On pourrait hélas continuer encore cette énumération bien plus longtemps que les éditions précédentes. 
 
Il y eut heureusement un peu de fraîcheur, parfois comique avec certains candidats plus typiques et aussi une volonté de certains candidats de proposer autre chose, une réflexion pour une nouvelle société. Ces personnes ne sont pas au deuxième tour mais elles ont eu le mérite de vouloir élever le débat dans un espace médiatique qui ressemblait hélas plus à une chambre anéchoïque pour idées de fond. J’ai plusieurs fois pris parti pour ou contre certains médias par le passé sur ce blog. Si je reprends mon sentiment personnel durant cette campagne, il est d’avoir été manipulé, et pas les réseaux sociaux, en étant comme drogué vers la fin mais aussi par les media et les traitements journalistiques. Sans doute que le candidat, maintenant futur président avec quasie certitude jouissait d’un consensus porteur, mais en tout cas dans le ton et le traitement il n’y avait aucune commune mesure avec certains autres. Je ne vais pas essayer d’expliquer cela en détail sauf que de dire que la détention des capitaux des médias par des acteurs privés et ayant d’autres participations économiques constitue un réel conflit d’intérêt. Les cinéphiles penseront à Citizen Kane bien évidemment, et cela date, mais depuis lors nous ne pouvons dire que nous avons connu des améliorations. Alors j’avance ici une proposition qui serait la séparation des activités économiques et des activités d’information. Comment, combien, quand ? Je ne vais pas répondre ici car je ne suis pas au stade du programme détaillé mais au stade de la proposition et du concept. J’ai toujours aimé la télé et radio publique car du fait de cette non corrélation directe avec le monde des affaires la liberté de ton est normalement bien plus grande. Mais avec les nominations récentes à la tête de certaines grandes institutions cette liberté est sans doute moins évidente.

Il se pose aussi un gros problème de rentabilité économique des médias qui tombent très vite dans le sensationnel à outrance pour vendre. A ce stade les solutions incitatives ne sont pas encore simples car elles nécessiteraient des fonds mais payés par qui. Bien que je ne sois pas partisan des mesures coercitives, dans un premier temps et afin de constituer ce fonds, je préconise des mesures de sanction pour tout media ayant publié une information se révélant par la suite fausse et où le travaille journalistique (vérification des sources, cross-checking) n’a pas été effectué. Nous avons des gens qui sont condamnés dans la presse avant même qu’ils ne soient mis en examen, cela ne doit pas se reproduire. La réserve tant que l’information n’est pas vérifiée et la présomption d’innocence sont impératives si nous voulons y voir plus clair. Alors qui pour faire cela, le CSA peut-être mais il conviendrait de revoir le mode de désignation des membres et du président. Il est important de rétablir une réelle liberté de la presse afin de pouvoir ensuite imaginer un débat d’idée non biaisé sur l’évolution de notre société. Cela me paraît un préalable à toute initiative politique. 
Mais la principale question est : quel intérêt auront les gens au pouvoir d’aujourd’hui et de demain à faire cela ? Clairement aucun, tout son contraire mais avec une pression du peuple nous pouvons peut-être espérer faire bouger cela, en tout cas essayons de tourner la page et d’avancer dans ce sens, c’est peut-être le bon moment.

jeudi 31 décembre 2015

2015 est derrière nous et tant mieux.

Voilà, nous y sommes presque. Cette année 2015 s’achève presque comme elle a commencé. Après un noël sous le soleil et 15 degrés, mais ne nous inquiétons pas, après des attentats et des états de stress impressionnants imposés par nos gouvernants face à des menaces plus hors de contrôle que réellement dramatiques, après des masses de personnes chassées de chez elles, réfugiés climatiques ou politiques, après la montée des extrêmes, après l’exécution de certains des plus brillants de nos contestataires, après la victoire de la Grande Bretagne en coupe Davis, après la place de numéro 1 Fifa de la Belgique, on se demande bien ce qui pourrait nous arriver de pire en 2016. 

Même si je suis joueur je préfère ne pas parier ce coup ci de peur que la surenchère fictive d’une catastrophe encore embryonnaire ne puisse finalement se réaliser. Houelbecq par exemple commence presque à croire qu’il est le jouet d’une force malfaisante qui fait se réaliser certains de ses sombres présages tout juste publiés. C’est vrai que j’ai lu Soumission juste avant les attentats de Charlie et que j’ai commencé 2084 de Sensal juste avant ceux du 13 Novembre. Simple coïncidence. D’ailleurs le vendredi 13, va-t-on encore oser parier en ce jour ? Faisons cependant confiance à nos loteries nationales pour ne pas y penser et continuer les actions promotionnelles pour nous inciter à débourser quelques euros et participer à des tirages où la probabilité est plus grande de devenir meilleur footballeur que Messi que de gagner le gros lot. Nos sociétés n’étant pas à un paradoxe près, ces impôts déguisés ont encore de beaux jours devant eux. 

Il y a tout pour être anxieux pour 2016, une certaine sinistrose flotte dans les média, une odeur presque nauséabonde. Qu’il s’agisse des changements constitutionnels ou des changements climatiques, nous avons l’impression que le mur vers lequel nous fonçons se rapproche. Nous avons grandement besoin de positivisme, d’ouverture et de partage. Alors même si c’est dur (et je sais de quoi je parle) essayons de capter les énergies positives, les gestes d’humanités et les ruptures constructives et artistiques qui nous entourent pour ce début d’année. Lisons, écoutons et partageons. Bonne année !

mercredi 27 mai 2015

Les BDs au service de l'histoire.

Dans un temps trouble et obscur où les visions de l’histoire et de son enseignement sont chahutées, mises à mal et où l’on a un peu vite tendance à éteindre les Lumières, des lectures récentes m’ont pourtant rassuré.
La présence d’un marchand de Bds dans ma rue depuis peu y a fortement contribué. D’ailleurs pour les Bruxellois n’hésitez pas à lui rendre visite plutôt que d’aller chez un grand distributeur qui vous sortira comme perle inconnue le dernier Larcenet et rien d’autre. Pas que le dernier Larcenet soit inintéressant. Il faut lui accorder que graphiquement le tome 1 de l’adaptation du roman de Paul Claudel le rapport de Brodeck est à la pointe. Ces noirs sans nuance sont assez bluffants. En revanche pour les bouffées d’air signalées par un vague rond je ne suis pas fan. Sinon concernant l’histoire c’est pas très passionnant. Je n’avais pas lu le roman et peut-être que tout sera dans le tome 2. Donc c’est un bel objet mais pas ce qui m’a rassuré récemment.
Dans deux styles graphiques totalement distincts et l’Or et le Sang et Gaza 1956 m’ont beaucoup plu. La première série composée de 4 tomes est très romancée, série d’aventure sur fond de réalité, commençant dans les tranchées de la première guerre mondiale et s’achevant avec l’écrasement de la république du Rif marocain avec l’utilisation d’armes chimiques en 1927. Outre le fait que le dessin est très dynamique, que les héros, personnages fictifs sont intéressants j’ai découvert un pan de l’histoire qui m’était totalement inconnu, non traité par les cours d’histoires que j’ai suivi à l’époque. L’art, et notamment la BD  joue ici un rôle primordial pour aider la mémoire à se souvenir d’un moment particulier de l’histoire coloniale.

Plus lourd et plus dense, véritable ouvrage d’investigation historique, Gaza 1956 de Joe Sacco est un livre spectaculaire. Déjà la taille, pas loin de 400 pages avec un dessin en noir et blanc très précis et très détaillé. Ensuite le sujet, deux massacres perpétrés dans la bande de Gaza en 1956 et qui n’ont pas été particulièrement mis dans les livres d’histoires : ceux de Khan Younis et de Rafah. C’est un sujet très délicat bien entendu et extrêmement clivant. Cependant Sacco traite cela tel un historien et essayant de recouper les témoignages et ne garde que ce qui est corroboré par différentes sources. Il se dessine lui aussi au milieu des ruines, allant à la rencontre des anciens, témoins ou s’imaginant tels quels, se confronte au réel de conditions humanitaires dramatiques et inhumaines. La région est sinistrée mais le fait de traiter ces deux évènements explique en partie d’où vient la haine qui peut animer ces peuples humiliés, parqués et mal traités. Le point de vue adopté est celui de Gaza et non pas celui d’Israël et il ne faut pas oublier que les horreurs sont dans les deux camps, que les cartes sont brouillées depuis très longtemps. Mais pour en revenir au sujet et à la façon de le traiter, j’ai été totalement bluffé par ce que Sacco a réussi à faire. Je me sentais réellement plongé au cœur de la bande de Gaza et arrivait à comprendre (et pas prendre partie) certaines haines et certains mécanismes qui tendent à déstabiliser le Moyen-Orient et bien au-delà. Le sentiment était proche de celui éprouvé lors de la vision de grands films sur des journalistes couvrant des conflits majeurs. La différence ici étant le traitement en format dessiné et aussi cette recherche de ce qui s’est passé il y a 50 ans. C’est une Bd qui reste très lourde et qui est moins détendante qu’un Boule et Bill. Ce n’est donc pas à lire de la même façon mais c’est captivant et aussi particulièrement utile dans cette période où les politiques semblent vouloir nous servir une histoire aseptisée et se voiler la face. Donc avis à ceux qui ne souhaitent pas devenir des moutons ignorants, lisez des Bds !

jeudi 22 janvier 2015

Obscur, obscur, vous avez dit obscur ?

Ça fait mal et encore plus que d’écouter du Christophe Mahé de voir notre pays sombrer peu à peu dans un obscurantisme certain. Nous n’en sommes certes pas encore à brûler les livres, plus civilisés que nous sommes nous préférons fusiller les auteurs, preuve de notre modernité et de nos avancées technologiques. Cette modernité qui dématérialise nos modes de communication aurait pu permettre à la liberté d’expression de trouver une tranchée où se réfugier, hélas, le contraire se produit avec l’étalage de la bêtise générale, des partis pris automatiques et des réflexions épidermiques non abouties. Tout le monde ayant accès ou presque à un clavier (le droit à Internet haut débit …), il n’y a plus de filtre éditorial et le plus abruti quidam va partager son point de vue avec l’option de le mettre en mode public. Chacun est libre de débiter les plus viles sottises dans son cercle fermé, si l’orateur trouve quelques proches assez demeurés pour lui porter crédit c’est son droit d’abuser du temps de ces derniers. Mais avoir accès à l’espace public grâce à Twitter et Facebook est d’un autre ressort. La question de la responsabilité de ces sites se pose. Je ne suis pas pour la limitation de la liberté d’expression mais pour le respect de la légalité de chaque pays afin de la préserver. Cela transformerait le contrôle des flux publics en un véritable casse-tête que même les algorithmes les plus poussés auront du mal à résoudre. Comment faire alors, et bien sans doute poser la question à ces sociétés bénéficiaires financièrement si elles peuvent proposer un mode respectueux des lois sur la liberté d’expression. De même est-ce normal que ces personnes qui recrutent pour le djihad, qui sont donc des terroristes connus et reconnus pour la plupart aient un compte Facebook pour recruter à tour de bras. Est-ce normal ? C’est comme si en remontant 50 ans en arrière, un journal était publié avec des appels à rejoindre les groupes terroristes dans la page de courrier des lecteurs. Je vois mal Libération il y a 50 ans tolérer dans ses petites annonces : “ Faire exploser une ambassade, c’est de la bombe, rejoins nous au xxx”. Oui les messages codés, certes ont existé. Mais comment un journaliste en quelques clics peut-il identifier et rentrer en contact avec des filières terroristes alors que ces profils, groupes, forums ne sont pas tout éliminés par les sites.
Nous faisons aujourd’hui la chasse aux délits liés à l’apologie du terrorisme, les “je suis kouachi” sont recherchés, notés, poursuivis … je ne relativise en rien la gravité de ces gestes mais certains ne relèveront-ils pas de la simple opposition à l’autorité en place postés par des adolescents cherchant à transgresser l’une ou l’autre règle. Il ne faut pas oublier qu’un jeune ado qui crie “Aux chiottes les flics” ne va pas pour autant être un tueur de flics quelques années plus tard. Tout devient forcément grave et condamnable. La nuance, la légèreté, l’ironie, l’humour sont profondément en danger. Alors même que la société pense défendre la liberté d’expression en pourchassant ses ennemis, elle lui tire une belle balle de pied. Je suis Charlie ça fonctionne. Mais mise à part l’historique de Dieudonné,  si on prend sa phrase brute  telle quelle, Je suis Charlie Koulibaly est-elle une phrase intrinsèquement répréhensible. Je suis loin d’en être certain. Ensuite avec le passé de cette humoriste, en effet on peut finalement tomber dans la facilité et l’attaquer. Mais si ce n’est pas considéré comme le parachèvement d’un ensemble je ne vois pas Dieudonné être condamné pour ce seul fait. Sauf de la provocation, on ne peut pas dire que ce soit une apologie du terrorisme. Au pire une phrase ambiguë qui veut dire qu’il est à la fois le journal et son assassin, à la fois l’idée et la main qui ne peut la supporter et l’écrase. Du coup, match nul sur cette phrase non ?
Ne peut-on plus rire de rien ? Ne peut-on plus créer à partir de tout ? N’ai-je pas le droit de travestir certaines images, de détourner adroitement certains thèmes pour faire réfléchir. Nietzche se ferait-il mettre en prison à perpétuité aujourd’hui pour son Dieu est mort ? Ne peut-on douter de sa foi devant les camps de la mort, ne peut-on vouloir en faire un film plein d’humour comme Benigni le fit brillamment. Si je ne suis pas juif ne puis-je pas critiquer ouvertement la politique d’Israël. A force de faire attention, de se mettre des limites nous laissons la place à l’obscurantisme, au côté obscur de la force. Certains vont trouver que je tombe dans la caricature, mais promis je ne veux pas m’y  aventurer, bien trop dangereux ces derniers temps, mais c’est l’histoire de Star Wars, de l’emprise des Siths avec Palpatine / Darth Sidious sur le sénat et sur la Galaxie. Heureusement d’irréductibles sont là pour défendre l’idée de l’espoir, l’espoir de plus de justice, de plus d’égalité. C’est bien là que le ressort de nos sociétés est cassé ou du moins bien grippé. Alors que nous pouvions encore il y a plusieurs dizaines d’années nous vanter d’un système suffisamment social pour justifier notre volonté d’étendre cette recette magique, sociale et pacifiste à une partie du monde, la donne a bien changé. La polarisation des richesses nous rend moins crédible. On donne des leçons mais pour quoi ? Une tradition intellectuelle, une défense des droits de l’homme ? Certes. Mais pourquoi faire tourner nos fabriques d’armes à plein régime alors. Ubiquité ultime que de vouloir garder la main mise sur le monde en y attisant les plus vifs désordres. Il est temps de prendre position clairement. Certes nous ne pouvons plus enrichir les quelques personnes les plus riches de façon inconsidérable sans mettre en branle et en déséquilibre à la fois nos bases et notre planète. La bêtise, l’abrutissement sont les plus grands alliés du côté obscur, contre cela peu de recettes à part l’apprentissage du beau et la création qui nous permet d’aborder plus sereinement la finitude de notre vie. Vivre est stressant par essence et n’est qu’une attente mortuaire, rendons cela plus joyeux et plus digne et générant des émulations créatives et collaboratives. Ecoutons nous les uns les autres avec la plus grande ouverture d’esprit, ce sera déjà un bon début.


mardi 13 janvier 2015

Quelques jours après l'horreur

Pas facile d’écrire à nouveau après ce drame ignoble de l’assassinat terroriste de la plupart des plumes et crayons de Charlie hebdo ce mercredi 7 janvier 2015. L’apprenant dans ma voiture par la radio mes yeux se sont humidifiés. Je filai vers le bureau et m’arrêtai au kiosque voisin où je ne trouvai que l’édition datée du 31 Décembre, Charlie Hebdo étant disponible le jour d’après en Belgique. Charb qui m’avait fait tant rire avec Maurice et Patapon, humour trash et décalé ultime. Je ne lisais pas Charlie Hebdo ou extrêmement rarement en vacances quand j’achetais des journaux papiers. Je consomme des magazines, de la presse web mais ne prend hélas pas le temps de lire les journaux. Dernièrement je trouvais d’ailleurs le clivage gauche-droite bien trop important. Libération contre Figaro avec de réels contenus de plus en plus maigres et un manque crucial d’analyses de fond. 
Evidemment, Cabu, Wolinski étaient des références pour la génération de mes parents et le premier fut aussi celui qui dessina le nez de Dorothée et dont on voyait les facéties crayonnées se dessiner dans RécréA2 puis dans le Club. Ce n’est pas ce qui me captivait le plus dans le club Dorothée mais par transmission filiale je savais que c’était un “grand” dessinateur. C’est donc le premier dessinateur que je connus, où je découvris que cela pouvait être un métier de caricaturer sans plus me poser de questions. Avec sa tête sympathique, ses lunettes rondes de jeune adolescent perdu dans la lune, s’il était né des décennies plus tard on l’aurait, comme on le fit pour mon ami Gui, surnommé Harry Potter. On lui aurait demandé des autographes, c’est peut-être d’ailleurs cela qui l’aurait conduit à découvrir cet art symbole de liberté. Sans aucune contrainte, avec leur liberté d’expression comme lance, ils harponnèrent tous les réactionnaires, tous les passionnés et convaincus afin d’ébranler leurs certitudes. Par essence ils se faisaient plus d’ennemis que d’amis à chaque dessin, mais défendaient leur vision de la liberté de la presse, non assujettie aux deniers d’un grand magna. Une réelle liberté, pas forcément rentable où tant de talents ce côtoyaient, une exception culturelle française. C’est un comble qu’ils soient devenus des symboles même en dehors des frontières hexagonales. La majorité des Français leur crachait dessus avant, et une fois victimes les voilà les icônes portées par quatre millions de personnes. Hors normes. En face, des êtres vivant morbides, à l’exact opposé de leurs victimes. Des choses ayant l’apparence d’un homme mais n’en étant rien. Des avatars bien plus robotiques que leur cousin faits d’aluminium, dénoués de ce qui fait l’humanité, démunis du verbe, de la parole, seuls différence non contestée entre l’animal et l’homme. Des purs objets dirigés par des personnes tellement stupides, incompétentes et avides qui ne peuvent que décider de régner par la terreur.
 
Nous voici dans une belle merde, il est fréquent que les stupides décapitent les élites, tuent les bons et les saints, ne laissant que la force régner et dicter ses lois.
 
Charb est mort, les autres aussi, et même s’hyper cacher ne suffisait pas pour échapper à ces abrutis, à ces petits zizis (voir la chronique de Thomas Günzig tellement fine et pleine d’esprit). Nous sommes en guerre depuis longtemps, et il ne s’agit pas du djihad, mais d’une guerre contre la connerie cruelle et individualiste. Ce non-partage des richesses et des ressources, cette manipulation de masse et cet oubli de l’harmonie. Qu’est-ce qui vous rassure m’avait on demandé lors du questionnaire préparatoire à mon entretien d’entrée à l’Edhec ? J’avais répondu l’harmonie et avais comme un des membres du jury, un professeur de philosophie, ça tombait bien. Plus aucune harmonie dans ce monde que nous avons dénaturé à l’extrême et qui ne parvient plus à nous contenir, dont les ressources sont rares et qui ne sont en plus que réservées aux privilégiés.
 
Charb est mort et jamais plus ses bonhommes jaune pisse moutarde ne s’animeront à nouveau. Ce trait caractéristique et cet humour sans borne qui auraient fait de lui le principal caricaturiste de France du 21ème siècle est mort, disparu et même enterré. Il n’aurait sans doute pas voulu entrer dans l’histoire validée par les gouvernements actuels, torture suprême il s’est même fait adoubé par des ministres russes et hommes d’était africains et israéliens liberticides. Avec ce Netanyahu qui fait du racolage auprès des juifs de France comme une vieille pute opportuniste qui habituée au trottoir se rend compte qu’il y a eu un attentat sur les vitrines du quartier rouge et qui sent l’aubaine : "Venez me percer le trou, vous serez super bien accueillis, bon je dis pas qu’il y a pas de risque mais de toute façon au pire on répondra avec la grosse armada si on se fait attaquer."

mardi 6 janvier 2015

Perdition pardi !

Ces mouvements sociaux de fin d’année sont une nouvelle fois la preuve d’un grand mouvement de fond du dernier demi-siècle. L’"égoismaximisation" de la société ou comment créer de la croissance en exacerbant les valeurs individuelles à outrance, en érigeant le culte de l’individualité et de l’autosatisfaction comme icône ultime. La production à coûts bas qui nous condamne d’une part, nous grise en nous faisant croire à un faux-semblant unique. 
Les meubles standardisés qu’on va changer vite pour ne pas ressembler aux voisins car on a vu les mêmes la veille, le téléphone que l’on veut unique en le customisant avec des applications qui sont téléchargées plusieurs centaines de millions de fois, mêmes téléphones qui dominent la majorité du marché avec seulement quelques modèles. 
Tous pareils dans la débilité et l’isolement. Le téléphone dit smart qui rend bête et qui donne l’illusion d’exister. Le droit à la 4G est devenu plus défendu que le droit à vivre dignement et que le droit à travailler sans être esclave. Les grèves qui interdisent aux non partisans de travailler démontrent une nouvelle fois la nullité extrême des media qui ne s’en indignent pas. Corrompus jusqu’à la moelle. Un termite sur un radeau (voir article d’il y a plusieurs années). 
On continue de s’autodétruire. Il faut consommer, il faut relancer la croissance. Tant qu’aucun de nos politiques n’évoquera un modèle drastiquement différent nous continuerons à scier la branche à laquelle nous nous accrochons. La jeunesse privée de repères analogiques et tangibles, consomme, se croit star de cinéma mais ne sait même pas réfléchir et aborder un problème un tant soit peu complexe. On rejette la nuance. La France est devenue blanche ou noire, homophile ou homophobe. L’homme ne penserait-il plus qu’en série de 0 et 1 comme nos ordinateurs. L’intelligence de l’homme régresse-t-elle à ce point. Hélas quand nous voyons l’évolution de la politique on peut en avoir réellement peur. De même que d’un autre côté l’intelligence artificielle se développe. Sera-t-il bientôt plus efficace d’avoir un robot à la tête de l’état ? Hollande nous y fait penser ou nous fait le désirer intensément. 
L’émotion, dont l’art est un générateur est aussi en danger. Les budgets alloués à la culture sont en constante diminution, la mort de l’émotion pure non intéressée nous guette. A côté de cela des usurpateurs purs produits marchands se font passés pour des artistes. Je hais les Jeff Koons et consorts. Non pas leurs quelques pièces de design mais surtout leur rôle d’objet plus que d’acteur (circonstance atténuante) dans la dilution de la perception de ce qu’est l’art. On pense que l’art doit être rentable. Expliquez-moi comment vous mesurez objectivement la rentabilité d’une émotion. C’est impossible et nous ne devons pas le faire. Ces moments relèvent du pur subjectif, l’homme existe en tant que sujet, vit et est doué en plus d’émotions  et de désirs de création. De cette création est venue notre société et notre lien social ainsi qu’une capacité exceptionnelle à s’adapter d’un côté et à se développer de l’autre. C’est ce manque de maîtrise de notre développement qui nous a fait croire à une chimère, au développement sans fin, cette fuite en avant est hélas vouée à l’échec. Je pensais naïvement, devant la fin évidente de notre système, que nous allions faire ce que nous avions toujours fait, coloniser de nouvelles terres pour les spolier et les polluer. Le fossé technologique qui nous sépare des étoiles est très difficile à surmonter et il paraît peu probable dans les prochaines décennies qui nous puissions exploiter d’autres ressources du système solaire, planètes et satellites inclus. Le Côté positif est que notre pollution ne dépasse pas un anneau en orbite autour de la terre. A quand le cosplay de Saturne par la Terre.

Pour les quelques rares qui vont parcourir ce billet d’humeur, pensez à vous ouvrir, à vous cultiver et à penser pas vous même. A comprendre réellement l’essence des choses, vous en retirerez un sentiment de plénitude ultime mais attendez vous à vous sentir extra-terrestre parmi des aliénés assoiffés de pouvoir et d’argent. Cassons la cruche une bonne fois pour toute et changeons les choses. Lisez déjà, cela fait bien fou de lire des œuvres qui n’insultent pas l’intelligence humaine.
Brulons les obscurantistes par l’éclat de nos pensées et créations positives. Retrouvons une communion avec la naturalité des choses et notre essence animale, écoutons notre planète et sauvons là comme nous ne sommes pas assez malins pour trouver de nouvelles ressources hors de nos frontières terrestres..
S’il y a des intellectuels qui me lisent, signalez-vous et venez m’aider sur ce blog. Death to Allegra Geller.