Affichage des articles dont le libellé est art. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est art. Afficher tous les articles

vendredi 6 mars 2020

Marre des censeurs

Alors me voici à écrire un coup de gueule. Coup de gueule large et de fait un peu approximatif (désolé ça fait longtemps et j’ai l’écriture rouillée) sur notre société et sur un phénomène que je vais appeler l’obscurantisme et totalitarisme des minorités dominantes sous couvert d’une éthique variable.

Si je devais publier ce texte sur Facebook ou similaire il me faudrait prendre des milliards de précautions pour ne pas me faire insulter, traiter d’amateur de pédophilie, de machiste, de raciste etc … La liste serait longue car ce contre quoi j’écris aujourd’hui ce sont bien tous les groupes de défense qui abusent de leur droit à protéger ou à développer les droits des minorités en versant dans l’excès et dans la censure. Il me paraît clair que nous sommes dans une période d’obscurantisme. Le sujet d’identifier le pourquoi n’est pas mon propos mais en simplifiant ma réflexion je peux avancer qu’un des accélérateurs (ou initiateur) est le phénomène des réseaux numériques sur internet où l’on voit des propos qui certes existaient peut-être auparavant mais qui étaient confinés aux comptoirs de certains bars ou dans des lieux privés et qui n’avaient aucun écho. Tout comme inversement des évènements n’étaient connus que de peu de monde et donc l’indignation était moins répandue et ne s’auto-entretenait pas comme aujourd’hui où des discussions souffrent d’une émulation intrinsèque consanguine. Les réseaux sociaux faisant voir ce que vous avez le plus de chance d’aimer. Ainsi on peut croire en fonction que tout le monde est devenu écolo du jour au lendemain ou que tel candidat a des chances de victoires aux prochaines élections alors qu’il n’en est rien.

Cela fait un bon moment que je déplore la mort de la nuance et la déliquescence de notre langage, voir mon post du 23 août 2012. Hélas les choses ne se sont pas améliorées et nous nageons dans un monde sur-médiatisant les caricatures d’opinions les plus simplistes. Les pensées complexes sont condamnées à être résumées par des hashtags courts et réducteurs, les plus actifs commentateurs des réseaux ne lisent plus que les mots en gras et même certains experts ou penseurs qui ont pignon sur rue se contentent de lire l’introduction et les dernières pages d’un livre, sans pour autant n’avoir aucune honte à le vilipender et à le condamner fermement (cf. critique du livre Libre d’obéir par Olivier Sibony qui n’a pas pu lire et écrire cette critique Non les managers ne sont pas des nazis !, pas possible, ou sinon il a été frappé de débilité analytique absolue). 

Maintenant c’est blanc ou c’est noir, si j’émets des réserves (sans même être forcément contre) sur la GPA je suis forcément homophobe, si j’émets une critique sur une actrice qui s’insurge en pleine remise d’un prix cinématographique je soutiens la pédophilie. Le but n’est pas ici de revenir sur des évènements précis mais plutôt sur cette tendance de fond qui m’insupporte. Le tribunal médiatique semble aujourd’hui prendre bien plus d’importance que notre justice, comme si nous oublions que c’est cette justice qui créé le fondement de notre société et est malgré ses imperfections garante de notre pacte social. Déclarer a priori coupable tout un chacun sous le joug d’une accusation dans la presse (qu’il y ait plainte ou non) est nier le principe même de jugement et de présomption d’innocence, et ne parlons même pas de la notion de seconde chance qui représente un tout autre débat mais qui est condamnée d’avance. C’est à qui dégainera le plus vite sur internet et aura le plus de « like ». A ce jeu-là les groupes organisés défendant des minorités sont parfois facilement gagnants car ils jouent sur l’indignation : «  non mais regardez ce gars dont plein de gens disent qu’il a commis des actes pédophiles (ça marche aussi avec raciste ou d’autres) qui reçoit le prix XY pour son livre, c’est une honte, il faut boycotter ». C’est ce qui marche et ça paraît imparable. Attention je ne dis pas que ce monsieur n’est pas condamnable, mais je dis bien qu’on ne peut se permettre sous peine de vivre sous un dictat totalitaire d’une certaine bien-pensance d’adhérer à ces invocations qui font penser aux heures les plus sombres de l’histoire. La dénonciation et l’indignation vont bon train, ça fait du clic, donc ça fait du buzz, du revenu Google donc c’est ce qu’il faut. 
Dans un courrier à Mediapart j’ai expliqué pourquoi après de nombreuses années je ne pouvais que me désolidariser et me désabonner. Alors que j’avais apprécié cette initiative de presse la plus indépendante possible et les dossiers d’investigation et de fonds j’ai vu pulluler en une depuis plusieurs mois des articles à charge sans analyse approfondie, sans base d’étude représentative, ne pouvant, vu la façon dont les articles étaient agencés, les mots choisis et le larmoyant de certains témoignages à sens unique, laisser aucune chance de salut à l’accusé. Tout cela dans la plupart des cas alors qu’aucune plainte n’était même déposée, comme si l’on revenait au temps des « justices expéditives » guerrières. Ils ont voulu surfer sur une vague qui doit vendre (enfin faire du clic) le mouvement metoo. C’est le truc du moment, et on s’insurge et on pousse à la censure. J’avoue avoir été étonné de la surprise de l’ensemble des media, surprise bien entendue feinte mais gobée par le public, comme si le « il faut coucher pour réussir dans le cinéma » n’était qu’une blague. Cela n’enlève rien au condamnable du fait. Ainsi pouvoir travailler dans ce milieu sans voir sa personne abusée est bien entendu essentiel, comme dans tout secteur et mérite une mobilisation. Mais voilà comme il s’agissait de stars Mediapart préférait parler d’un cas plutôt que de rechercher dans le monde ouvrier si c’était pareil ou pire. C’est plus facile et plus vendeur de parler d’abus sexuel quand la fille est plutôt jolie et a un poids médiatique que quand c’est une personne qui a beaucoup de poids mais non médiatique, et sans s’en rendre compte Mediapart  fait de la discrimination négative et du sexisme.

Aujourd’hui les titres de presse qui se succèdent parlent donc de Polanski, cet infâme violeur célébré par une caste machiste au pouvoir du cinéma français, des 90% de femmes qui disent s’être fait violer, et en parallèle d’autres parlent de la libération des femmes dans leur couple et du fait qu’il est bon pour elle d’aller voir ailleurs et de coucher avec d’autres personnes en plein mariage (Le Monde). Sans doute que pour moi cette journée (semaine du féminisme) tombe mal. Moi qui suis un homme (aie ça commence mal, donc forcément je ne peux pas comprendre ce que traverse une femme), de type caucasien (oulala), hétérosexuel (oui on dirait que je le fais exprès), avec un IMC en léger surpoids mais pas plus (purée si seulement je pouvais être obèse ou anorexique pour qu’on me pardonne mes autres tares,  je vais de ce pas dévaliser le rayon chocolat), qui lit des livres (mais quel snob), et qui trouve que Virginie Despentes et Christine Angot ne savent pas écrire (quel machiste) , dont les parents ne sont pas divorcés et ont eu des mœurs on ne peut plus classique (enfin à ma connaissance), qui ne suis pas tombé dans une quelconque dépendance et qui (vu de loin seulement) pourrait donner l’impression d’avoir eu une réussite professionnelle, forcément j’ai le beau rôle et de ce fait ma parole ne compte pas. Il faudrait que je sois un nain transsexuel et bi, obèse, immigré, fan de Guillaume Musso et travaillant dans une mine (je ne sais pas lequel de ces deux derniers points est le plus pénible) pour pouvoir me prononcer sans être taxé de tous les maux précédemment cités. 

Devant tant de bêtise et l’impossibilité d’échanger avec nuance j’étouffe littéralement et me sens du coup perpétuellement agressé. Récemment j’ai retiré pour la première fois de ma vie une publication que j’avais partagée car des « amis » Facebook ont commencé à m’insulter, tout cela car ils n’avaient lu qu’une phrase extraite de l’article et non l’intégralité (alors que j’avais mis en garde). Les gens ne lisent plus, c’est la folie de l’indignation. Et moi qui écrivais une incitation à l’indignation début 2011, j’ai peur d’avoir été pris au pied de la lettre. Là où j’ai été mal compris (non bien sur ce n’est pas le cas, ce ne sont pas la dizaine de lecteurs de mes posts qui vont compter) c’est que je parlais d’une indignation par rapport aux excès du pouvoir et au manque de démocratie représentative dans un but commun de bien pour tous, par pour déclarer la guerre et l’éclatement du lien social entre des gens différents. Aujourd’hui les évènements « Girls Only » se multiplient, si je peux comprendre ce qui a motivé cette tendance, je ne l’approuve pas, ce n’est pas en divisant une société qu’on la rend plus heureuse, elle devient simplement plus facile à gouverner et à manipuler. Il suffit d’agiter un pseudo scandale et d’activer l’indignation pour rendre inaudible un discours constructif. Quand on voit qu’une partie de l’opinion pense que le 49.3 adopté pour faire passer la loi sur la réforme des retraites sans aucun amendement est du fait de l’opposition, on mesure à quel point ces manipulations sont dangereuses. Donc arrêtons de nous diviser et au contraire regroupons nous, vivons ensemble. Les divisions renforcées n’ont jamais été gage d’harmonie et de paix et permettent à nos gouvernants d’exercer un pouvoir autoritaire, ce qui n’est pas l’option que je souhaite privilégier pour le futur de mes enfants (ah oui j’oubliais j’ai aussi eu des enfants sans PMA ni GPA honte sur moi, honte sur eux, je ne peux vraiment rien comprendre au monde d’aujourd’hui).



Illustrations : Thérèse rêvant - Balthus 1937 (pétition pour la faire disparaître du Metropolitan pour incitation pédophile). Hylas et les Nymphes - Waterhouse 1896 (décroché sur demande d'un groupe et d'une artiste pour image avilissante de la femme de la Manchester Art Gallery puis remis). Homme assis nu - Egon Schiele 1910 (S'est vu apposé de larges étiquettes cache-sexe sur les affiches de promotion d'une rétrospective à Vienne en 2018). Tintin au Congo - Hergé 1931 (appel à l'interdiction de l'oeuvre par de nombreuses associations et ligues). Pièces Les suppliantes - Eschyle -470 (accusée d'être racialiste et ayant été empêchée d'être jouée  par le Cran). 

lundi 4 mars 2019

2018 - Résumé d'une année gastronomique première partie


Si je veux me tenir à laisser quelques commentaires et conseils sur mon année gastronomique je me rends compte qu’il vaut mieux couper en deux car ça pourrait faire un peu long et indigeste, ce qui serait un comble. Certes les quelques amis qui me suivent ont l’impression que je ne fais que ça de ma vie  d’aller dans de bons restaurants, j’aimerais certes bien même si je ne suis pas convaincu d’avoir l’endurance physique nécessaire hélas. Alors voilà tout de même les quelques moments dignes d’intérêts qui ont émaillé mes 6 premiers mois de l’année 2018.

A Bruxelles :
Gramm nous avait enthousiasmé et même si j’avais confirmation de la qualité du lieu pas quelques amis y étant allés entre-temps je n’ai pas résisté à la tentation dès la reprise de janvier d’aller vérifier et de voir quelle impression allait se dégager de ce bis repetita. Et bien aucune déception, même si certes moins surprenant une seconde fois. Le menu était toujours très équilibré, avec des belles idées et de l’inattendu. Un œuf parfait qui vaut toujours la peine d’être rajouté au menu, un cabillaud génial et un dessert à l’ananas et poivre de Timut qui était à tomber. Coup de cœur confirmé. Entre temps un couple d’ami s’y est rendu et était également conquis, mais avec une nuance, la quantité semblait limite (je n’avais pas du tout eu cette impression lors des deux soirées, mais je suis intéressé si vous avez d’autres retours de la sorte).
On ne pourra hélas pas parler de cette année sans les grandes disparitions notamment celle de Paul Bocuse au mois de Janvier. J’y étais allé en 2011 (article ici) et j’avais eu la chance de voir Monsieur Paul qui faisait le tour des tables et ne perdait pas l’occasion, malgré son âge avançant déjà, d’avoir l’œil et la répartie vive, échangeant avec nous quelques mots sur le vin que nous avions sur table, un Côte Rôtie de chez Jamet dont il approuvait totalement le choix.

En hiver toujours les hasards et les évènements m’ont amené plusieurs fois à déjeuner au café Victor, restaurant sis au Palais Bozar et qui est non loin du restaurant étoilé de Karen Tsakaryan. Brasserie soignée, certes pas donnée, les plats sont goûteux, j’ai eu une légère sensation de trop peu (on y revient) mais à part ça c’est une bonne halte ou un point couru à juste titre pour un déjeuner de semaine ou un avant / après concert.

A Leuven :
Le Bistro Tribunal est un lieu sympa où l’on peut choisir sa pièce de viande dans le frigo destiné à cet effet. C’est bon, ils ont si je ne me trompe un bib michelin ou sont dedans, c’est mérité et c’est un spot qui paraît fiable à Leuven.

A Reims :
En cette année, j’avais envie de profiter des quelques moments exclusifs pour me refaire plaisir, et donc comme je l’avais fait avec Gramm retenter une deuxième visite, cette fois-ci à l’Assiette champenoise d’Arnaud Lallement à Reims (Tinqueux). Déjeuner dans un autre contexte, à une autre saison, et même constat, repas génial, avec un chef toujours à la pointe de la générosité, une entrée à base d’asperge et de jaune d’œuf totalement magistral. Ce restaurant mérite réellement le déplacement (ce n’est que 2h30 de route de Bruxelles pour info). C’est une cuisine qui me parle beaucoup, des beaux produits évidemment comme dans tout restaurant auréolé de trois macarons par la guide Michelin, et une approche respectueuse qui va rehausser les produits avec des pointes d’assaisonnement plus modernes (recherche d’accords de poivres). Les accords champagnes notamment celui d’une raviole d’arachide au verjus avec un Veuve Cliquot millésimé qui était sur l’acidité était monstrueux. L’entrée avec les asperges vertes de saison et l’œuf était magique, le gâteau de volaille somptueux et le dessert citron en trompe l’œil une merveille. Comme quand on voit un film pour la deuxième fois, l’effet de surprise étant passé, la critique peut se faire plus acérée. Ici, un nouveau bonheur et l’envie d’y retourner encore une fois.

En Bretagne :
Je ne vais pas mentir, une des motivations pour aller passer une semaine de vacances à Cancale était la présence d’Olivier Rollinger, et de ses établissements. Une envie de jeunesse avec comme cible la table du Château de Richeux, le Coquillage, table simplement étoilé (qui a eu sa deuxième dans le guide 2019, aller je me fais une petite fleur, j’avais annoncé que le menu dégusté était largement d’un niveau deux étoiles) certes alors qu’il fut un trois étoile dans plus médiatiques, et tenue par son fils Hugo. Cancale est une petite ville idéale pour y passer quelques jours et profiter de très bons mets, l’huître de Cancale (creuse – les plates étant réintroduites au fur et à mesure) se déguste sur le port même, pour quelques euros seulement un plateau de 12 ouvertes, on jette les coquilles vides dans la mer à marée haute, et sur des tas formant des contreforts nacrés à marée basse. C’est tellement frais, prélevées le matin même, c’est iodé, c’est un régal.

Des crêperies évidemment il y en a et ça fait toujours du bien, notamment le Ty Skorn qui est une crêperie qui travaille dans le respect des terroirs et avec des produits durables. En revanche celle du Breizh Café, qui possède une table étoilée à l’étage n’est pas immanquable. C’est cher, certes c’est fait avec une angle différent mais est-ce vraiment meilleur, pas certain.

Après être passé dans les boutiques d’épices de Saint Malo et de Cancale, il fallait donc goûter ces fameuses épices d’Olivier Rollinger sur les plats. Le Coquillage est sis dans une très belle demeure entourée de beaux jardins donnant sur la baie de Cancale (et du Mont Saint-Michel au loin donc).
Le grand menu offert par cette demeure corsaire est à base de fruits de mer, coquillages et crustacés. Une Saint-Jacques de fond d’une incroyable fraîcheur avec un goût beurré et de noisette, dû à l’ouverture minute, des langoustines magistrales et un oursin et jaune d’œuf à pleurer de bonheur. Le restaurant propose également un menu enfant d’un rapport qualité prix enthousiasmant pour les plus jeunes (et même si on le servait aux adultes). Le service est attentionné sans être guindé. On sent qu’il y a à la fois de la maîtrise liée à l’expérience du père mais aussi de la jeunesse et de la fougue grâce au fils qui tient maintenant les cuisines. En arrivant dans le domaine, nous avons eu la chance de saluer Olivier Rollinger et d’échanger quelques mots, invitant les enfants à aller découvrir le domaine, la ferme et les animaux. Pour terminer le repas, un grand charriot de dessert avec des services minutes (profiteroles) est rassasiant et gourmand (il faut goûter le Paris-Cancale). Un endroit qui vaut le voyage à lui seul pour résumer.

A Paris :
Et puis quelques semaines plus tard, le père Noël mit en place son cadeau, ce qui allait être un des dîners les plus luxueux et les plus somptueux chez Guy Savoy à l’hôtel de la Monnaie. Le restaurant était élu une deuxième fois par le classement la Liste, meilleur restaurant du monde (il vient de l’être une troisième fois). N’étant pas au fait de la destination jusqu’au dernier moment, je fus saisi par l’entrée majestueuse de l’hôtel de la monnaie, un escalier aux larges colonnes et tapis rouge, le calme absolu, et puis une porte, dans un style ancien mais neuve qui s’ouvre automatiquement sur une comité d’accueil avec en première ligne le chef lui-même au large sourire, à la veste d’un blanc immaculé et à la barbe bien taillée. Surpris et surtout ravi de le voir car peu de temps (quelques jours) avant je suivais son périple dans la délégation du Président à Washington. L’endroit est très luxueux, refait à neuf et composé de salons, ayant chacun sa décoration propre et sa vue. Cette séparation permet au restaurant d’accueillir jusqu’à 100 convives sans donner l’impression de taille. Le grand menu en 12 services offre d’incroyables émotions. Le style est assez marin mais tout en finesse, pas de violence ni d’iode cinglante ici mais une multitude de petites notes qui sont en harmonie et offrent au palais une douceur, une longueur et une profondeur incroyables. Le service est très précis et sait s’adapter, l’un des anciens de la maison d’origine berlinoise, Hubert si je me souviens bien jouant quelques blagues avec son accent notamment.

Les assiettes sont très complexes et l’on comprend pourquoi ils sont une cinquantaine en cuisine, c’est bluffant quand on y pense, mais on n’y pense plus tellement c’est bon. Il y a l’emblématique soupe d’artichaut truffe noire et parmesan avec sa brioche et beurre truffé qui est en effet, à tomber, tellement gourmande, un délice absolu. Avant et pour débuter les huitres froides et condiments, les pommes de terres au caviar et sabayon avec une présentation joueuse (le sabayon étant mis dans un œuf, cassé tout juste devant pour le service), le filet de saint pierre, le multicolore de légumes avec un travail bluffant, le saumon cuit sur glace et cette cannette maturée, une des meilleurs viandes que j’ai pu manger, tout ça accompagné du Riesling Osterberg 2012 de chez Kientzler. Les desserts très aériens, sur le miel et le chocolat, la rhubarbe et le brocciu et enfin le chariot de dessert en prime. Nous n’avions plus faim c’est certain. Moment réellement magique, alors oui ça coûte un bras, mais c’est bien meilleur à manger.

Bologne : week-end idéal pour prendre le temps de vivre et profiter de la meilleure cuisine italienne.
Dur d’attribuer à une ville le titre de capital de gastronomie Italienne tant la botte est pourvue de cuisines locales qui servent toutes des plats sublimes. Lors de différentes discussions j’avais pourtant retenu que s’il devait y en avoir une, ce serait Bologne d’où en partie la raison d’y passer un week-end. Bologne n’est pas une ville gigantesque mais assez grande et pourvue d’histoire pour y passer plusieurs jours sans se lasser. La taille permettant de tout faire à pied (mais prévoir de bonnes chaussures car on a vite fait de marcher plus de 15 kms en une journée). Comme dans d’autre villes l’aperitivo est de mise, vous prenez un verre et un buffet de bruschetta s’offre à vous gratuitement, les vins de la région sentent le soleil et les tartines sont aux saveurs du sud, tomates, huiles d’olives aux bonnes touches amères, et la charcuterie magique du coin (mortadelle) et d’un peu plus loin (Parme). Un des endroits comme la Bella Vita non loin de la Piazza Maggiore est parfait pour commencer la soirée (peu cher). La première soirée c’est l’Osteria Bartolini, plus excentrée non loin de la Basilica di San Francesco, dans un décor soignée qui nous ouvrit les yeux sur les prix pratiqués à Bologne dans la restauration. Ce restaurant à poisson était bien dans le ton de ce qu’on allait voir n’offrant que très peu de plats ayant des prix à deux chiffres ce qui me valut l’incompréhension du serveur quand je lui demandai combien de plats il fallait prendre par personne (croyant que c’étaient des tapas et que l’on devait en prendre plusieurs pour constituer un repas). Des grillades, des fritures de poissons, des pâtes de la mer délicieuses et des desserts typés pas loin du niveau de restaurants gastronomiques.
Entre autres, grosse émotion sur des Gramignia con Salsiccia (pâte mi-longues creuses au milieu comme des coquillettes avec une garniture à la chair de saucisse) à tomber, un pur bonheur et qui vaut presque le déplacement à lui seul à l’Osteria Del Cappello, restaurant simple mais de qualité. Et autre coup de cœur pour La Sberla Bistrot où les deux propriétaires, le mari en cuisine et la femme en salle, parlent très bien français ayant travaillé plusieurs années en France. C’est donc de la cuisine bolognaise avec des influences françaises, cela fait une association rêvée avec des assiettes goûteuses et structurées. Des poissons cuits parfaitement, des gnoccis à la ricotta de fou, tout cela avec de bon conseils sur les accords mets et vins. C’est un peu plus cher, mais ça garde un rapport qualité prix inédit en Belgique.
D’autres petits bonheurs comme l’espresso à 1€ à l’Antico Caffé Scaletto où l’on sent le cœur de la ville battre, les pâtisseries et les pâtes de Paolo Atti e Figli et les assiettes de dégustations de chez Tamburini. Un vrai bonheur pour la bouche. Côté culturel il y a de quoi faire, côté shopping également et côté gastronomique c’est le pied, c’est une ville où l’on se dit que c’est difficile d’y manger mal. Il y a un vol de Zaventem qui part le vendredi après-midi et retour dimanche après-midi, parfait pour un bon week-end.

To be continued avec encore quelques étoilés en Belgique, du pâté en croûte champion du monde et Belge (comme quoi c'est possible - spéciale dédicace à Thibault C.) et un périple à Venise avec de belles découvertes.

vendredi 19 mai 2017

Disparitions musicales

J’aurais déjà pu en écrire en tout 5 cette année, des hommages à des personnes disparues qui ont compté pour moi. Même si l’âge de certains peut expliquer leur départ, pour d’autres ce n’est pas le cas. Cette semaine ce sont deux figures qui ont engendré ma passion musicale qui se sont éteints, l’un inconnu du grand public s’éteignant à un âge où on ne crie plus au scandale, l’autre star planétaire bien passant l’arme à gauche bien trop tôt. Je ne suis pas un musicien, ça aura été sans doute un de mes plus grands regrets, c’est comme ça je me suis fait une raison depuis lors mais mélomane certainement.

Le premier, homme de ma famille qui connut une enfance sous l’occupation allemande puis qui put se confronter à l’horreur humaine lors de la guerre d’Algérie était un ancien cheminot, touche à tout, fan d’histoire, d’ornithologie et de musique. Ses oreilles étaient altérées par un travail assourdissant sur les rails mais ça ne l’empêchait pas d’être un amateur de jazz et de me faire découvrir au casque, lorsque les grands dînaient, des morceaux de Duke Ellington et de Dizzie Gillepsie. Il jouait aussi avec brio de l’harmonica, diatonique ou chromatique. Je voulus suivre ses traces mais mon harmonica Hohner flambant neuf ne donnait que peu de mélodies cohérentes sous mon souffle. Ces bases de ma petite enfance ainsi que les écoutes de vinyles des premiers acteurs du rock n’ roll ont tracé ma route d’amateur de musique. Assez vite je fis partie des ados et jeunes qui passaient du temps à écouter de la musique, pas en fond mais  bien comme activité principale. Quand on me demandait, tu as fait quoi ce mercredi après-midi il n’était pas rare que je réponde : “ J’ai écouté de la musique. - Non mais t’as fait quoi ? - Bah j’ai écouté de la musique. - Rien d’autre ? “ Et là c’est moi qui ne comprenait pas la question. Comme si l’écoute d’un album ne nécessitait qu’une demi-attention. Je suis donc devenu un passionné de musique de styles très variés il faut dire, en allant jusqu’à certains extrêmes (brutal death grind core metal et j’en passe). Parmi tous ces groupes celui que j’ai écouté le plus, de mes 14 ans jusqu’à aujourd’hui avec une fréquence toujours élevée, n’éprouvant aucune lassitude à l’écoute de leurs albums est Soundgarden. J’ai appris hier que le co-fondateur et chanteur Chris Cornell est mort soudainement la veille à Détroit, en plein milieu d’une tournée du groupe. En plus d’adorer les albums de Soundgarden (Dow on The Upside, Superunknown, Badmotorfinger, Louder than love) j’ai aussi développé une admiration pour Chris Cornell et l’ai suivi dans ses différents projets.

Je pense que son premier album solo a été celui que j’ai le plus écouté l’année de sa sortie, ainsi que
celui de Temple of the dog où son enchevêtrement de voix avec Eddie Vedder était sublime. Et dans un deuxième temps Audioslave, essentiellement les deux premiers albums. Sa voix est, était, exceptionnelle, capable d’alterner douceur, déchaînement rock et aigus splendides naviguant entre les octaves (4 à ce que les spécialistes en disent). Un son reconnaissable entre tous et un talent énorme. Il y a peu d’artistes qui arrivent à avoir du succès autant dans leurs projets parallèles que dans leur groupe phare. Ses albums solos sont très bons, même si il a expérimenté certaines choses qui peuvent en rebuter certains. Audioslave assurait et Soundgarden je le mets au Panthéon du rock. Même leur retour avec King Animal n’était pas loupé. Ce n’était certes pas leur meilleur album, mais il donnait l’espoir qu’ils y étaient encore et que le futur était prometteur, que les clivages passés entre Chris et Kim étaient histoires ancienne, entre une ligne de rock plus agressive et celle de morceaux plus posés. Soundgarden n’a certes pas tenu son succès que de Chris Cornell, les 4 membres sont excellents et forment un tout homogène et admirable. Kim Thayil avec ses lignes de guitare pleines de feeling, capable d’aller chercher au bon moment des harmonies exotiques. Ben Sheperd avec ses lignes de basse qui vouent tuméfient l’estomac en concert et Matt Cameron qui fut plus longuement connu comme batteur de Pearl Jam après la split de 1997, capable de tenir des concerts de plus de 3 heures avec brio. Je les avais vu une fois, lors d’un festival en 2012, c’était top même si pas assez long et le public présent n’était pas qu’un public de fans, attendant surtout Metallica qui jouait à la suite. C’était dans mes carnets d’aller les voir à la prochaine tournée, surveillant les dates de leur tournée d’été aux Etats-Unis espérant qu’ils passent l’Atlantique prochainement, me posant même la question de savoir si un petit A/R n’aurait pas été possible. Et voilà bam, tout s’arrête d’un coup. Plus d’harmonica, plus de chant, il reste pour le deuxième les disques certes, mais ça va faire un sacré manque.

lundi 20 juillet 2015

La Grenouillère d'Alexandre Gauthier - Montreuil


Récemment j’ai eu l’occasion de faire plusieurs découvertes gastronomiques intéressantes. Une grande table classique triplement étoilée, De Karmeliet à Bruges, une table de proximité ayant récemment pris un macaron, Le monde est petit à Bruxelles et enfin un restaurant improbable, situé à l’arrière d’une presse, De Maurice à Olivier, ayant lui un bib gourmand. Ce qui les lie, c’est ici le Michelin. Dans le premier, la table classique un peu froide cependant offre un menu très délicat et très bon. Savoir s’il tient bien son rang dans les trois étoiles, c’est moins évident, je ne suis pas critique gastronomique et encore moins du guide rouge. En tout cas le rapport qualité prix me semblait bon.
Pour le nouveau venu des étoilés, l’ambiance était très agréable et quelques très bonnes idées. La Pina Colada revisitée en dessert était parfaite. Mais on ne voit pas comment ce restaurant (et ne le veut-il pas sans doute) pourrait aller plus loin.
Pour finir, cette énigme, où ce restaurant caché en arrière salle offre malgré un service assez en retrait un menu dégustation au rapport qualité/prix difficilement battable. C’était très bon, sans doute au niveau de l’étoilé précédent, mais le cadre ne pourra jamais le faire être discerné de la sorte. En tout cas très bon bib gourmand. A faire pour les papilles, mais peut-être pas pour le reste.

Et puis il y a eu ce samedi soir. Dans un restaurant arborant lui aussi une étoile, la Grenouillère d’Alexandre Gauthier à Montreuil-sur-Mer en France, ville où est célébré annuellement Victor Hugo. L’année passée mon passage avait été comblé par la visite du voisin Château de Montreuil. Sur cette Grenouillère, les avis étaient légèrement plus divisés, la plupart des critiques postées adorant, et certains détestant réellement. Donc forcément cela créé une petite méfiance. Un de mes amis y étant allé l’année passée m’affirmant s’y être extasié, je me décide et essaie d’obtenir une table dans ce lieu fort couru. Grâce à la gentillesse compréhensive de l’hôtesse (et à certains désistements) nous y parvenons. Et là, ce fut assez magique. Je ne suis plus réellement le dégustateur novice impressionnable par quelques paillettes et suis presque d’autant plus méfiant quand le cadre et l’ambiance veullent en mettre plein la vue. Donc je ne suis pas tombé dedans de prime abord mais c’est bel et bien l’ensemble et donc essentiellement la cuisine qui m’ont séduit et convaincu. Histoire de ne plus en parler, je ne comprends pas pourquoi ce restaurant n’a qu’une étoile. Ce n’est réellement pas correct et trompe le lecteur du guide rouge. Débattre s’il doit en avoir deux ou trois (car voudrait-il en avoir trois) c’est un autre souci. Mais seulement une, quand je vois ce que j’ai mangé dans les une étoile en général (même si certaines étaient parfaits comme d’ailleurs le Château de Montreuil) ce n’est pas du tout correct. Pour moi on est ici dans la grande classe.

Le cadre est très recherché, entre modernité, matériaux bruts et nature. Le service assez bien huilé. Les serveurs sympathiques. Et la cuisine … et bien je pense que c’est le restaurant le plus créatif, inventif que j’ai pu fréquenter (il faudrait cependant que je retourne à l’Air du temps qui était aussi très avant-gardiste mais cela fait déjà 5 ans que j’y suis allé et je n’avais pas les mêmes points de comparaison). Le menu 11 services se déroule sans accroc, à une vitesse parfaite. Les mets sont travaillés, travaillés, travaillés. On sent que derrière tout cet endroit il y a énormément de travail. Du travail sur les produits naturels, les herbes beaucoup. L’amertume et l’acidité sont au rendez-vous. Il faut évidemment avoir une petite ouverture d’esprit et je peux comprendre que ceux pour qui un bon restaurant rime avec filet entier, sauce, légumes et un féculent peuvent être perturbés. Il faut réellement se laisser guider, car derrière des présentations originales, des associations surprenantes il y a du goût, et plein de goût. La langoustine et melon d’eau offre une fraîcheur, acidité et douceur très agréable. Le petit pois et roquette, découvrant une sphère crémeuse avec cabillaud qui surprend agréablement. Premier gros moment d’émotion la vive au stilton (ok les bleus sont un de me péchés mignons). Ouaou. Le côté iodé, salé, frais du radis et du haricot, un vrai régal. Coup de maîtres ensuite l’huître grillée avec sa verdure (c’est moi qui l’appelle comme ça car je ne pourrais détailler tous les éléments dans cette assiette). Une bombe gustative. Il y en a eu encore d’autres comme une raviole jaune avec une acidité qui révélait magnifiquement le Châteauneuf du pape rouge servi avec. Une association magique. Et puis les desserts, dans la fraîcheur avec mention spéciale pour le baba vert. C’est du grand art, en dehors de l’expression courante, le mot art prend tout son sens. On est dans la création, la recherche. Et comme toute recherche elle peut diviser, faire peur à certains, c’est d’ailleurs peut-être pour cela que le guide Michelin demeure frileux à en être ridicule. Alors je me répète, je ne suis pas critique, et je n’y suis allé qu’une fois. Si certains préfèrent s’ancrer dans un obscurantisme culinaire qu’ils passent leur chemin.
Mais pour les autres en tant qu’ami ou comparse occasionnel de lecture,  je recommande vivement ce lieu au service d’une modernité se centrant sur ce que nous offre la terre de plus beau et de meilleur. Merci encore à la Grenouillère, au chef et à son équipe pour ce moment.


mercredi 27 mai 2015

Les BDs au service de l'histoire.

Dans un temps trouble et obscur où les visions de l’histoire et de son enseignement sont chahutées, mises à mal et où l’on a un peu vite tendance à éteindre les Lumières, des lectures récentes m’ont pourtant rassuré.
La présence d’un marchand de Bds dans ma rue depuis peu y a fortement contribué. D’ailleurs pour les Bruxellois n’hésitez pas à lui rendre visite plutôt que d’aller chez un grand distributeur qui vous sortira comme perle inconnue le dernier Larcenet et rien d’autre. Pas que le dernier Larcenet soit inintéressant. Il faut lui accorder que graphiquement le tome 1 de l’adaptation du roman de Paul Claudel le rapport de Brodeck est à la pointe. Ces noirs sans nuance sont assez bluffants. En revanche pour les bouffées d’air signalées par un vague rond je ne suis pas fan. Sinon concernant l’histoire c’est pas très passionnant. Je n’avais pas lu le roman et peut-être que tout sera dans le tome 2. Donc c’est un bel objet mais pas ce qui m’a rassuré récemment.
Dans deux styles graphiques totalement distincts et l’Or et le Sang et Gaza 1956 m’ont beaucoup plu. La première série composée de 4 tomes est très romancée, série d’aventure sur fond de réalité, commençant dans les tranchées de la première guerre mondiale et s’achevant avec l’écrasement de la république du Rif marocain avec l’utilisation d’armes chimiques en 1927. Outre le fait que le dessin est très dynamique, que les héros, personnages fictifs sont intéressants j’ai découvert un pan de l’histoire qui m’était totalement inconnu, non traité par les cours d’histoires que j’ai suivi à l’époque. L’art, et notamment la BD  joue ici un rôle primordial pour aider la mémoire à se souvenir d’un moment particulier de l’histoire coloniale.

Plus lourd et plus dense, véritable ouvrage d’investigation historique, Gaza 1956 de Joe Sacco est un livre spectaculaire. Déjà la taille, pas loin de 400 pages avec un dessin en noir et blanc très précis et très détaillé. Ensuite le sujet, deux massacres perpétrés dans la bande de Gaza en 1956 et qui n’ont pas été particulièrement mis dans les livres d’histoires : ceux de Khan Younis et de Rafah. C’est un sujet très délicat bien entendu et extrêmement clivant. Cependant Sacco traite cela tel un historien et essayant de recouper les témoignages et ne garde que ce qui est corroboré par différentes sources. Il se dessine lui aussi au milieu des ruines, allant à la rencontre des anciens, témoins ou s’imaginant tels quels, se confronte au réel de conditions humanitaires dramatiques et inhumaines. La région est sinistrée mais le fait de traiter ces deux évènements explique en partie d’où vient la haine qui peut animer ces peuples humiliés, parqués et mal traités. Le point de vue adopté est celui de Gaza et non pas celui d’Israël et il ne faut pas oublier que les horreurs sont dans les deux camps, que les cartes sont brouillées depuis très longtemps. Mais pour en revenir au sujet et à la façon de le traiter, j’ai été totalement bluffé par ce que Sacco a réussi à faire. Je me sentais réellement plongé au cœur de la bande de Gaza et arrivait à comprendre (et pas prendre partie) certaines haines et certains mécanismes qui tendent à déstabiliser le Moyen-Orient et bien au-delà. Le sentiment était proche de celui éprouvé lors de la vision de grands films sur des journalistes couvrant des conflits majeurs. La différence ici étant le traitement en format dessiné et aussi cette recherche de ce qui s’est passé il y a 50 ans. C’est une Bd qui reste très lourde et qui est moins détendante qu’un Boule et Bill. Ce n’est donc pas à lire de la même façon mais c’est captivant et aussi particulièrement utile dans cette période où les politiques semblent vouloir nous servir une histoire aseptisée et se voiler la face. Donc avis à ceux qui ne souhaitent pas devenir des moutons ignorants, lisez des Bds !

lundi 26 janvier 2015

On prend les enfants pour des c###

Dimanche en famille. Temps maussade comme de mise cet hiver. Nous décidons d’aller voir un spectacle pour enfants. La vie du jeune Mozart au Théâtre du Péruchet dans la région de Bruxelles. Le court descriptif est assez flatteur. La vie du jeune prodige, spectacle joué et musical. Parfait.
Après s’être garé dans ce quartier résidentiel du sud de Bruxelles, nous découvrons une très vieille bâtisse au charme pittoresque. Les enfants sont excités, “moi je suis trop content que tu nous emmènes au spectacle papa” Joie et fierté paternelle.
Porte vieillissante qui grince légèrement à l’ouverture. Accueil plutôt chaleureux, comme le prix, pas de discrimination ici 9€ pour tout le monde, du bébé au vieillard. La salle est une vieille grange tout en longueur, hélas plan incliné. Devant des bancs réservés aux enfants ou aux quelques rares parents pouvant se planquer le long du mur en bout de rangée afin de rester non loin de leurs progénitures. Derrière des fauteuils pour les parents.
 
Première difficulté, la séparation entre les enfants et les parents. Tant bien que mal je me cache en bout de rangée, les articulations meurtries par de trop insistantes flexions pour essayer de faire tenir les fémurs non de circonstance entre deux rangées. Ça se remplit. Dans ce temple de la bonne humeur, chez ces artistes prétendument non intéressés on ne rougit pas devant des petits encombrements, on pratique le surbooking (“Ah vous n’avez pas réservé, on est complet. Bon allez-y quand même il y aura peut-être des désistements. Rentrez. 18€ s’il vous plaît.”) Au bout de 10 minutes d’afflux continu, de bruits et autres jappements, la salle est pleine, et pourtant il en rentre encore, ça se serre, j’ai une petite fille qui n’est pas la mienne à moitié sur moi. Des plots Ikea sont sortis en guise de strapontins. Je finirai debout dans l’embrasure de la porte de sortie de secours. Proche du chaos, la tenancière essaie de mettre de l’ordre, bouscule des enfants pour les faire se déplacer et provoque la réaction des parents assis à l’arrière de la salle. S’en suit une joute verbale qui a comme seule qualité de faire taire la jeune assistance mais la perversité de tendre l’atmosphère et de ternir les sourires de joie que l’évènement suscitait parmi la jeune audience insouciante. “J’ai 50 ans de métier moi monsieur”. Je ne sais si la gérante au look de vieux pirate, tignasse usée et dent manquante attendait des applaudissements lors de cette entrée en matière mais ce n’en fut rien. Elle sonne sur une cloche au son feutré longtemps, longtemps et … longtemps, on sent de suite les 50 années d’expérience. Pas si facile de tenir le rythme, puis enfin les trois coups distincts, La Boule de Fort Boyard en aurait été jaloux. Elle occupe l’espace ou plutôt le temps, elle répète tout trois fois. Je me demande si elle ne meuble pas le temps qu’on raccommode les fils des marionnettes. Car il s’agit de marionnettes, nous n’avions pas bien regardé le descriptif finalement,  ou c’était omis, mais rien de grave à ce stade.
 
Ça y est, les enfants ont bien vu qu’il fallait trois coups pour lancer une pièce et voici la plus incroyable fumisterie qui commence. Du papier mâché avec une robe décorée, le père de Mozart, du papier mâché avec une robe plus courte, la fille, et enfin le plus petit, Mozart aka Wolfie. Ces personnages sont agités sans aucun talent, sans aucune mise en scène, pendant 20 minutes. L’homme qui agitait ces ficelles racontait une histoire à moitié inaudible, sa voie étant de façon intermittente couverte par les extraits musicaux de quelques sonates au clavecin écrites par l’enfant prodige. On change grossièrement des panneaux portant le nom des villes et l’orateur caché n’articule plus, se trompe, répète, répète et répète encore une fois les mêmes phrases simples. Les enfants ont du mal à rester attentif, bougent, se donnent des coups pour chasser l’ennui. L’entracte dans lequel on peut acheter des sodas et des friandises dure plus de 20 minutes, pas du tout intéressés par l’argent ces gens-là. Et puis le vieux pirate revient, tire une tombola, et là tout s’éclaire. Elle invite sur scène un grand enfant de 10 ans : “ Ah oui toi tu comprends. Mais ce n’est pas la même chose de voir l’Enfant Mozart à 4 ans qu’à 10 ans. Il faut le voir plusieurs fois (not interested in money certified person). Tiens je vais te poser une question à laquelle aucun enfant de 4 ans ne peut répondre. Qui était le premier professeur de Mozart ? - Son père.” Impressionnant, il y avait deux informations dans cette première partie, et il faut bien avoir 10 ans pour répondre à cela. Je ne montrerai pas de fierté à dire que mon fils de 4.5 ans avait bien évidemment la bonne réponse et sans doute même des plus petits.
La deuxième partie fut légèrement plus fournie mais tellement mal organisée qu’en effet elle était hors d’atteinte des enfants et que même en voyant cela 10 fois entre 4 et 12 ans, personne n’aurait été capable de restituer cette histoire sans queue ni tête et mal déclamée. En quelques mots, une très mauvaise histoire.
Le seul bon souvenir qu’en garderont mes enfants sera le ballon reçu à la fin et ils eurent la gentillesse d’en donner un de plus, remplaçant celui éclaté sur le trottoir de sortie. Je sais reconnaître les qualités.
 
Je n’ai jamais de ma courte expérience de père voulu insulter l’intelligence des enfants et c’est pour cela que je considère ce spectacle comme une honte, une injure face à la sagacité de ceux qu’il doit servir et ravir. Dora l’exploratrice (Yes we did it !) est bien plus éducatif et instructif (et je ne pensais pas une fois dans ma vie mettre Dora et instructif dans la même phrase, même quand Babouche y participe). Ces artistes qui ne savent évoluer en 50 ans ont traité les enfants comme des demeurés. Ce sont en quelque sorte des criminels qui tuent leur art. J’imagine vite des enfants penser après avoir vu ce spectacle qu’ils préfèrent regarder la télé qu’aller voir un spectacle qui les prend pour des cons, c’est le terme. Le décor était moche si pas inexistant la plupart du temps, tout comme les marionnettes. L’animation nulle. A peu de choses près, cela ressemblait à la lecture d’un audio-livre, on tourne les pages (essentiellement le nom des villes) et on met de la musique. Ah oui et même à 7 ans pour le marionnettiste, Mozart ne parle pas et n’émet que quelques couinements aux sonorités très étranges. Aucun sentiment n’est non plus décrit sauf l’émerveillement des villes où joue Mozart.
Le cadre est pittoresque je disais, la vieille rombière et le marionnettiste le sont aussi, restés coincés dans des illusions passéistes et sans doute gouvernés par l’avidité de faire 120 entrées à 9€ pour passer quelques morceaux de Mozart en faisant bouger une poupée. Ça paraît rentable même si j’ai peur que leur haute estime de l’intelligence humaine ne reflète la vacuité de leur et donc leur incompétence même à gérer cette manne providentielle.



mercredi 11 avril 2012

Un repas chez Loiseau

Voilà de nombreux mois que je me dois de porter par écrit les émotions procurées par mon séjour au Relais Bernard Loiseau et son restaurant trois étoiles à Saulieu. Arrivé par le sud Morvan et la petite route, il faut avouer qu’on a bien l’impression de se perdre dans la quête du Saint Graal gastronomique, affrontant les virages tortueux et les collines verdoyantes. Puis l’imposante façade aux couleurs très bourguignonnes surgit au milieu de la ville. L’accueil est agréable, loin des images du guindé des palaces parisiens.

Comme je ne vais pas trahir ma mémoire je vais à l’essentiel sur le lieu. Endroit magnifique, escalier extérieur en bois encadrant un ascenseur vitré, herbiers, canards, piscine extérieur, terrain de boule, si si, ça le fait, spa de qualité, chambres à tomettes et boiseries typiques, terrasse privative sur laquelle la petite déjeuner se prend en toute sérénité. Y passer une journée et une nuit vaut réellement le détour. Le lieu a été pensé avec vrai bonhommie et finesse. On se sent vite à l’aise et détendu tout en pouvant prendre soin de son corps. Et plus particulièrement de son estomac. C’est quand même bien là pourquoi nous nous y sommes rendus. Dans le souci de découvrir la pâte de Bernard Loiseau, style prolongé par son fidèle chef Patrick Bertron, nous optons pour un menu les Classiques de Bernard Loiseau comprenant les plats qui vingt ans auparavant ont permis d’obtenir la troisième étoile Michelin.

Première surprise, le ton du service, les blagues fusent entre le maître d’hôtel, les chefs de rang, le sommelier. L’humeur est à la rigolade,  ils nous jaugent et nous plaisantent très vite. Etonnant, agréable en fin de compte. On se sent chez soi, à la nuance près qu’ici sont accrochés au mur toute une collection de Buffet. Bernard Buffet ayant été un habitué, et payant ses repas à l’ancienne avec ses toiles, un ami du couple Loiseau.

La dégustation commence avec les Jambonnettes de grenouilles à la purée d’ail et au jus de persil. Un plat déstructuré et tout simplement génial permettant le bonheur de tremper à mains nues ces jambonnettes dans ces deux textures opposées et aux goûts si complémentaires. Un régal. Puis, grande révélation, Sandre à la peau croustillante et fondue d’échalotes, sauce au vin rouge. Grandes émotions pour ne pas dire plus, splendide, sublime. La réduction de vin de syrah (dix pour un), magique, répondant si bien à la fondue d’échalotes et à ce Sandre parfaitement cuit à merveille et à la peau croustillante. Un poisson sauce vin rouge, plat d’une extrême innovation il y a 20 ans et encore maintenant. Une vraie révélation pour moi. La suite avec la volaille et le foie gras avec la purée truffée, de très bonne facture, le plateau de fromage gourmand et ce dessert aux tuiles au chocolat, glace chocolat très très noir et coulis d’orange confite.

La bonne humeur que l’on voit dans la salle est palpable dans l’assiette. Le service comme je le disais plus haut, très proche du client. Et si je me souviens bien du prénom, merci à Julien qui nous a fait visiter l’ensemble du domaine et fait connaître tout un tas d’anecdotes utiles à la compréhension de l’histoire de ce haut lieu de la gastronomie française.

Evidemment quand on mange trois étoiles, on compte moins, mais si je compare à certains restaurants parisiens qui ne se sentent plus facturer, pour le prix d’un dîner dans la capitale, vous avez à Saulieu la nuit en chambre splendide et des soins au Spa en plus. Cela vaut largement la peine de prendre sa voiture et de se perdre quelques virages dans le massif du Morvant.
 Une seule envie aujourd'hui, y revenir au plus vite pour goûter le reste et se prélasser. Et la prochaine fois je prendrai mes boules.

mardi 28 juin 2011

De la tradition que c’est bon - un soir chez Bocuse

Un périple lyonnais m’a amené chez le fameux Paul Bocuse. Parachevant un itinéraire de 9 étoiles, ce clou du spectacle gastronomique s’annonçait mythique certes, mais les réserves de certaines personnes y étant allé récemment m’avaient mis sur la (fausse) piste d’un restaurant ne devant ses trois étoiles qu’à son passé et à l’éminence qui la dirige toujours. Et bien même si j’ai compris qu’il puisse être émis quelques réserves sur l’un ou l’autre point, il s’agit bien d’un endroit magique dans lequel on se laisse entraîner avec joie, les papilles s’épanouissant et la gourmandise prenant le dessus.
Le cadre extrêmement chargé, la cuisine en face de l’entrée et de l’escalier dont on entrevoit les cols bleu blanc rouge au milieu des cuivres imposants, ainsi que le nombre d’employés pharaonique impressionnent. Dans certains restaurants on a vite l’impression d’être comme à la maison, là pas du tout, on est bien chez Paul Bocuse, les services, les couverts, tout est imprégné de cette légende vivante. Ne comptons pas sur les limites potentielles que voudraient nous imposer notre estomac nous nous lançons dans le menu grande tradition. La fameuse et médiatique Soupe aux truffes VGE finissant de nous convaincre. Le premier plat, une grosse sensation, comme diraient certains critiques, on est sur une cuisine extrêmement gourmande. L’escalope de foie gras de canard poêlée au verjus est sublime, un fondant, une douceur, miam, ça me fait encore saliver. Certes les critiques pourraient dire qu’il n’y a rien de spécial dans ce plat, que le foie gras poêlée c’est vu et revu, et alors ! Si c’est bon, si c’est dans un certain sens la source d’un style, pourquoi changer.

Certains cuisiniers parient sur l’évolution, en ce qui concerne Bocuse on est sans doute plus sur un type d’ACDC de la grande cuisine, après avoir défini les bases toujours le même style depuis 40 ans (et plus pour Bocuse) mais c’est tellement bon. La soupe aux truffes VGE était une vraie surprise gustative n’ayant jamais eu l’occasion de gouter ce type de soupe puissante et recouverte d’une pâte feuilletée. Alors qu’y a-t-il dedans, pas évident de tout deviner, foie de veau ou foie gras ? Nous resterons avec mon ami chacun sur nos points de vue. Pour la truffe noire, pas de doute, on la sent, ce qui permit la plus belle association avec le Côte Rotie de chez Jamet. Un vrai régal. Evidemment ceux qui aiment manger une feuille de salade et quelques petits légumes à l’huile d’olive quand il fait plus de 25° dehors devront repasser en hiver. La sole avec ce beurre blanc légèrement grillé à la salamandre un régal jusqu’à n’en plus laisser une goûte de sauce même si j’avais conscience d’avoir déjà englouti ma botte de beurre. Pour le diététique on repassera aussi. A ce stade la faim vous quitte, mais l’enchantement continu. La volaille de Bresse cuite en vessie captive dès son arrivée, tel un ovni ovoïde au milieu des plats d’argent. C’est peut-être ici que le ravissement gustatif fut moindre, mais c’est sans doute en partie du au fait qu’estomac et palais ne sont plus habitués à tant manger. Cependant un accompagnement de sauce aux morilles sublimes, des petits légumes à la perfection et une viande ferme et savoureuse.
La fin n’est sans doute pas ce qui m’a laissé le plus gros souvenir. Le plateau de fromages affinés par la mère Richard recèle certaines perles comme le Saint-Marcellin, le Saint-Nectaire, mais il est vrai qu’on pourrait s’attendre à ce qu’il soit un peu plus garni. Pour le dessert, le système de buffet fait s’animer une multitude de serveurs à tout moment et est l’acteur principal du balais de fin. Hélas il est difficile de juger car inhumain de tout goûter. Et finalement pourquoi juger, mais les choix pourront en frustrer certains. La crème brûlée, les fruits, glace vanille, tartelette aux fraises des bois valent le détour. Le reste demeure une motivation pour revenir.
Ce fut un grand moment avec de grands plaisirs. Plus qu’une envie, goûter le reste de la carte.

mercredi 9 mars 2011

Alain Ducasse au Plaza Athénée : un carnaval de saveurs.

Il y a des moments qui se veulent rares, se rapprochant de la perfection, allant jusqu’à effacer cette limite. La chance m’a été offerte par mes amis de me rapprocher des étoiles culinaires et même si j’avais pensé au départ attendre les trois dégustations proposées pour m’épancher sur ces restaurants gastronomiques triplement étoilés les sensations exceptionnelles que m’ont offert ces moments sont trop impatientes de se voir figées pour ne pas disparaître en un tout mirifique. Me voici donc dans le lobby du Plaza Athénée, célèbre palace parisien, situé dans un quartier semblant préservé de la pauvre réalité par des murs invisibles, mon oeil d'anthropologue novice n’en revenant pas devant les styles si volontairement originaux et parfois ridicules. Pardon l’on dit fashion, la semaine de la mode de Paris ayant sans doute contribué au remplissage de l’établissement hôtelier et ayant dû accentuer le phénomène.
Histoire de pipeauter quelques bémols, le restaurant 3 étoiles du célèbre Alain Ducasse est situé au coeur d’un hôtel ce qui donne moins d’authenticité aux premières impressions qui s’offrent au visiteur. L’endroit fameux en ravira d’autres, histoire de goût, enfin pas encore. Une fois dans la salle, un double sentiment envahit, celui du luxe devant cette haute salle, véritable joyau doré aux lustres de cristaux éclatés, et de raffinement avec cette présentation devenu depuis 2010 et le changement d’angle beaucoup plus minimaliste. Sur la table se dévoilent une assiette oeuvre d’art et verre à eau. Je ne vais pas passer toutes les étapes en revues histoire de préserver les surprises aux prochains aventureux mais l’impression générale de ravissement à chaque étape en devient persistante, dessinant un large sourire indélébile, pouvant passer pour un état d'ébriété alors qu’il s’agit d’un enivrement inscrit sur le visage du convive.
Le service est bien entendu impeccable et sympathique. Le serveur s’occupant de notre table prenant le temps de nous expliquer et les plats et la démarche esthétique et culinaire de l’ensemble allant jusqu’à nous offrir de jeter un oeil à la cuisine et l’arrière salle. L’ensemble est extrêmement bien huilé, les amuses-bouches, les entremets et les plats s’enchaînent jusqu’à la toute fin. Nous nous sommes laissés guidés sur le vin et je n’ai donc pu évaluer la profondeur de cave dont je ne doute cependant pas vu ce qu’il en est dit par ailleurs. Sur la carte on retrouve des plats qui frappent par leur apparente simplicité. Pas de termes galvaudés en ligne avec cette volonté de servir une cuisine brute, sans fioriture, consacrant le produit.
Quelques musts sont proposés dans la section héritage comme le pâté chaud de pintade truffé, sublime avec son jus qui vient relever cette magnifique composition. La différence de textures, la cuisson parfaite des différentes parties, le croustillant de la pâte, miam miam miam. La suite fut du même niveau, le homard pommes de mer en cookpot, tout simplement sublime. Deux plats extrêmement racés aux goûts puissants et charmeurs. Le plateau de fromage, malgré sa cloche impressionnante, pourrait être plus garni, autre léger bémol compensé par cette petite brioche à la mascarpone et à la truffe en accompagnement. Je passe sur les mignardises pour le final, le baba au rhum où l’on vient vous faire une dégustation de rhums de haute volée, certains tourbés, d’autres finis en fûts de pommards, pour la plupart aussi âgés que moi afin de choisir celui qui viendra sublimer, accompagné d’une crème vanillée, le baba.
Cette recherche du produit juste et excellent afin de la consacrer dans l’assiette sans le dissimuler par trop d’artifices est une réelle réussite. Un moment de bonheur, de pureté gustative qui tend vers la perfection.

mercredi 12 mai 2010

Quai d’Orsay de Blain et Lanzac

Une bande dessinée sur les envers du monde politique.
Je n’en avais personnellement jamais lu – je ne suis certes pas la meilleur référence dans ce domaine mais quand même– et j’ai été tout simplement scotché.

L’ayant pris un soir, reçu d’un ami, avant de m’endormir, je n’ai pu fermer l’œil avant d’avoir atteint la 96ème et dernière page.

C’est dense, intense, dessiné très justement, une merveille de ce que la bande-dessinée peut apporter. Certains considèrent souvent cet art comme mineur, quand ils lui accordent le rang d’expression artistique ce qui n’est déjà pas rien. Pour les sceptiques je leur conseille de prendre en main cet album, ils verront justement tout ce que l’on peut faire grâce à ce support à la fois figuratif et imaginaire. Un parfait mixe pour faire partager des sentiments profonds comme ceux du jeune Arthur, « réquisitionné » par le ministère des affaires étrangères pour s’occuper des langages, comprenez les discours et autres .

Ce ministre, qui n’est pas nommé tel quel est bien Dominique de Villepin. Les auteurs ne le dissimulent pas et on découvre un caractère fascinant, tout comme le mode de fonctionnement de ce type de cabinet dont le grand public ne connaît souvent que la partie émergée au travers de discours de ministre et de quelques actions à l’internationale. Le scepticisme et la résignation mêlée à une fascination surréaliste croissante du jeune attaché ministériel sont hilarants et touchants.
La vitalité décalée du ministre tourbillonnant en recherchant le mot juste qui deviendra injuste envers ses collaborateurs, le flegme et la force tranquille du chef de cabinet et les coups fourrés au sein du cabinet par certains conseillers forment une histoire captivante et instructive.

A priori ce n’est pas le genre de trucs qui semble très sexy, et pourtant ça fonctionne plus que bien. Foncez la lire et l’offrir, même pour les non-aficionados je suis certain que ça plaira beaucoup.

vendredi 2 avril 2010

La télé à la sauce culinaire

Après avoir parlé de géopolitique et des principaux enjeux de notre siècle voici un enjeu plus léger mais pas moins important car constitutif de notre personne, d’autant plus important pour la majorité des francophones sur la planète, la bouffe.

C’est quand on voyage que l’on comprend que la nourriture a malgré les dernières tendances comme le développement de la junk-food une importance toute particulière dans l’hémisphère. Il en est de même pour certains pays limitrophes comme l’Italie mais pas beaucoup plus.
Dès qu’on s’aventure en terre culinaire hostile on développe après quelques jours un sentiment de malaise, une certaine lassitude et un mal être lié au manque de plaisir procuré par les repas. Si les plus investis veulent bien me permettre ce parallèle, je pense que l’art de la table est bien la première religion et de loin – le nombre de prêcheurs est bien plus important que dans toute autre culture de la foi et si on parle des fidèles, on approche un taux record.
Je ne nie pas le fait que ce trait culturel ne soit pas acquis pour toujours. Comme tout il découle d’une culture, et par nature les cultures sont changeantes. Il est possible que dans 100ans la carte mondiale des amateurs de mets fins ait changé. Mais même si c’est le cas j’ai plaisir à croire que la France restera un pays agréable à vivre, d’un point de vue gustatif j’entends.
Le sujet n’est pas ici de comparer et de confronter différents pays et consommateurs, mais j’aimerais que la tendance de voir disparaître les petits restos au coin des rues où l’on mange bien pour pas cher s’arrête, car pour ce point l’Italie offre de meilleurs possibilités qu’en France, et je ne fais pas ici allusion aux pâtes ou pizzas qui sont des plats par essence moins coûteux.

Quand Fremantle et M6 ont lancé il y a plusieurs années l’émission Un Diner presque parfait, même si sceptiques il y avait, une étude sociologique poussée ne pouvait que montrer un succès potentiel. Et c’est le cas. Je me disais qu’un jour ça finira pas s’essouffler, que les gens en auront marre de recevoir des inconnus à la maison et de se faire une semaine entre inconnus. Mais non, l’amour du bien manger et ce renouveau du contact social mi-imposé fonctionne bien. Avec la disparition de restaurants et de cafés de quartier qui proposaient pour l’équivalent d’à peine quelques euros un bœuf bourguignon ou d’un petit salé, il est moins facile de faire connaissance. Mais cela n’a pas éteint le plaisir de communier autour d’une bonne assiette. On retrouve heureusement cet esprit dans des petits restos disséminés sur le territoire avec chacun leur spécialité, qu’il s’agisse de petit bouchons lyonnais ou d’auberges d’alpage. Mais dans certaines villes importantes, emportés par le train-train cela semble moins évident, et comme une émission salutaire la télé a produit en Un Dîner l’une de ses plus belles réussites.

En faisant malgré tout une overdose et ayant subi la pression indirecte de cette émission derrière mes fourneaux, me mettant à présenter mes assiettes, trouvant de la créativité – sans doute répétant inconsciemment certaines bonnes idées de candidats – je pensais faire un break avec ces émissions culinaires, gardant cependant dès que possible un œil sur la diffusion de Bon appétit bien sur ! et Les escapades gourmandes. Mais un soir rentrant du sport, zappant machinalement comme un animal social de fin de journée vaincu par l’aridité de se lancer dans une tâche intellectuelle, je tombe sur Top Chef. Pas le premier épisode, et en cours d’émission, au départ je me pose des questions sur le déroulement, reconnais des chefs connus comme membres du jury. Je ne décroche pas. Semaine d’après, même schéma, je retombe devant sans trop l’attendre et depuis je n’attends plus que cela avec une certaine excitation. Je suis devenu fan, fan car comme décrit précédemment il s’agit d’une passion universelle – l’art culinaire – que les épreuves sont variées, distrayantes mais jamais dégradantes, et qu’il s’agit d’un concours et non pas d’une télé réalité ou trash tv. Pas besoin de savoir si Brice ou Pierre ont eu des aventures homosexuelles dans leur jeunesse ou s’ils aiment se faire masser le dos après avoir débité un quartier de bœuf. La production ne peut certes s’empêcher d’avoir fait quelques légères incartades en faisant venir des membres de la famille pour un jury ou de passer le stress ou tristesse d’un candidat mais cela reste limité.
Le publique ne juge pas (à ce stade pas encore vu la finale, on ne sait jamais mais cela aurait cependant moins d’impact), ce sont des professionnels, et pas plus ou moins grillés comme ceux de la Nouvelle Star, ayant prouvé des choses de grandes qualités traduites pas de multiples étoiles, qui sont membres du jury et qui surtout font des commentaires objectifs reposant sur une base technique extrêmement solide. Ici pas de candidat chantant évidemment faux se faisant encenser en lui promettant une grande carrière.

La cuisine relève de l’art, c'est-à-dire précision, technique, respect de matières et inspiration, c’est cela qui fait le côté jouissif de voir s’affronter ou collaborer en fonction des épreuves ces candidats, qui sont tous ou presque déjà d’aguerris cuisiniers. Le mixe concours, cuisine, quelques astuces, beauté et projection gustative fonctionne à 100%, du moins pour moi, et c’est pour cela que je suis fan.

mardi 30 mars 2010

Les expos font popo

Ces derniers temps, en disposant pas mal de temps d’ailleurs, je me suis aventuré à pousser les portes de différents musées et de différentes expositions.
Les dernières qui restaient présentes à mon esprit ne m’avaient apporté que très peu de satisfaction, je me souviens avoir fait plusieurs remarques comme quoi si un peintre célèbre va à la toilette rien ne sert d’exposer le papier qui aura caressé son entre-fesse.

Cette crainte en tête je profite de l’exposition Gréco à Bruxelles pour aller voir ce peintre dont je suis un inconditionnel.
Tout excité j’ai la malchance, prévisible certes pour un après midi de semaine, d’être pris entre un car de vieux retraités aux verres aussi épais que les tessons d’une bouteille d’Orval et une classe de lycéens et étudiants n’ayant pas encore délaissés les décorations de sapin de noël propres à leur récente puberté. Malgré tout excité et heureux de n’avoir payé qu’un euro cinquante grâce à ma carte de chômeur je m’embarque dans le dédale de salles obscures, très obscures, trop obscures, je crains les collisions avec les petits grisonnants, ils n’avaient pas besoin de ça pour déjà entamer le grand ballet des auto-tamponneuses.
Première difficulté, des murs noirs, des éclairages seulement pour servir les œuvres et des textes écrits en blanc sur noir. Petit cadeau, vous gardez la surimpression du texte comme marque quand vous tournez les yeux vers la première œuvre. C’est un détail mais ça m’a bien embêté de voir les ciels tourmentés que j’aime tant avec ces lignes en surimpression. Un détail et si tout le reste avait été parfait, on s’en serait moqué. Mais alors que Greco est un peintre qu’il faut situer, qui a eu une évolution de style impressionnante et très intéressante, passant d’un peintre d’icônes en Crête par l’école du Titien et finissant par être un maître chéri à Tolède. C’est devenu la mode, sans doute pour justifier leur talent génialissime, pour les responsables d’expos de casser le schéma traditionnel chronologique. Et bien c’est à n’y rien comprendre. Connaissant plutôt bien l’œuvre du Gréco, ayant voyagé pour observer des œuvres génialissimes aux Etats-Unis et en Europe, j’étais perdu. Heureux certes de trouver son trait inimitable mais totalement déçu devant la confusion totale de l’expo, mêlant œuvres de l’école, œuvres de Tolède, passant par d’autres de jeunesse réalisée à Rome, revenant sur des œuvres plus matures et des copies d’œuvres intransportables comme l’enterrement du compte d’Orgaz, dont seulement (mais c’est compréhensible) une copie de la partie inférieure est présentée.

Gardant un goût amer je m’aventure à Paris dans une expo ayant le point commun du gréco : l’exposition sur la peinture espagnole au musée André Jacquemart de Greco à Dali, collection Perez. Ne sachant trop à quoi m’attendre je découvre avec stupeur dans la première salle que l’approche par thème a été choisie : et nous revoilà dans les délires et pétants plus haut que leur cul de directeurs d’expo qui ont perdu de vue le rôle des expositions. Ce n’est pas de faire briller par une fausse maîtrise technique mais bel et bien de faire partager. Alors nous voici avec des salles mêlant des œuvres sur plus de5 siècles articulées autour de thèmes très atypiques : la fête, le sacré, les enfants, les portraits. Quelle originalité, je suis heureux d’apprendre que ces thèmes sont propres à la peinture espagnole et quelle pertinence d’associer un Dali et un Ribera qui n’ont rien en commun et dont l’écart tant au niveau des siècles que de l’évolution des sujets ne permet de rien déduire d’une quelconque racine commune. L’audio-guide aurait peut-être essayé de me dire le contraire mais il faut arrêter, cette exposition est mauvaise. Impossible d’apprendre quoi que ce soit de concret.
Quant au nom de Greco il est quasi usurpé, la seule œuvre provenant de lui était une mini miniature où il est malgré tout difficile de jurer qu’il s’agit bien de lui et non d’un de ses élèves. Pour les dessins de Picasso, il s’agit de ceux qu’il apposait aux dos des cartes de visite de ses amis (cartes plus grandes il est vrai que maintenant). En revanche la collection permanente du musée vaut le coup d’œil mais ce n’est pas le sujet.

Cela m’exaspère ces expos blagues où sans effort et sans œuvres on souhaite faire payer l’entrée 13 euros. Que des personnes s’approprient les œuvres pour les exposer et toucher les visiteurs au plus juste je comprends. Mais ici il s’agit d’escroquerie, après ces même personnes s’étonneront de ce qu’ils se targueront d’appeler dans les salons mondains, la mort de la culture, et le développement de la vulgarité et de l’ignorance au sein des masses.

samedi 28 novembre 2009

Trop de media tue l'informaton.

Dernièrement j’ai eu un petit choc lorsqu’un des piliers de mon système référent s’est écroulé. Ayant toujours voué une grande admiration pour les grands reporters la fermeture (il s’agit bien de cela) de la grande agence de photojournalisme Gamma, créée entre autres par Raymond Depardon, m’a attristé.

Le débat n’est pas ici de parler de la véracité des propos et de la réelle impartialité des journalistes qui nous transmettent les informations malgré tout par leur subjectivité, constituée elle-même des valeurs et principes qui règnent ou sont en vogue dans notre pays. Mais dans tous ces méandres quelquefois d’influence la photo m’a toujours semblé comme le média le plus pur car le plus direct et réel. Bien entendu comme tout objet de communication il fut et reste un objet fortement utilisé pour la propagande. Certaines personnes pouvant disparaître comme Trotsky après 1941. Toujours est-il que ces photojournalistes ont toujours eu comme principale intention de rapporter l’image brute et crue qui nous permette soit de comprendre soit de réfuter en bloc, mais avant tout de nous présenter une image de la réalité. Ces clichés pénètrent dans notre inconscient et sont bien souvent les seuls images de réalité qui nous reste, comme, pour remonter un peu plus loin, les images du débarquement prises par Robert Capa ainsi que celle de la guerre du Vietnam prises par Don McCullin.

Gage d’une qualité et d’une éthique que l’on ne contestait que très rarement, cette spécialité française du photojournalisme a en quelque sorte écrit l’histoire jusqu’à aujourd’hui, mais aujourd’hui seulement. Il semble bien que la mutation du monde media et l’explosion des sources d’informations professionnelles aient assassiné cette profession. Les photographes professionnels de l’agence doivent donc être aujourd’hui sur le pas de la porte et avoir un goût amer dans la bouche. Certains auraient presque le droit de regretter ne pas avoir fait dans la facilité en se convertissant en photographe de studio grâce à quoi ils auraient pourtant bien mieux gagner leur vie.

Donc fini les photos marquantes et significatives, bonjour aux photos aléatoires dont on ne connaitra pour la plupart jamais la provenance. Une bonne photo avec un téléphone portable montrant une manifestation, une guerre civile même. C’est super, il n’a jamais été aussi facile de se procurer de l’info, et d’en retransmettre malgré les interdits politiques en passant par-dessus les frontières qu’internet ne connaît presque pas. Ainsi les images des émeutes en Iran sont apparues et nous avons eu comme une vision interne de ces moments étouffés par le gouvernement. D’un côté je ne peux que m’en réjouir, fini les opérations en vase clos … et pourtant, j’aurais toujours un doute plus affirmé qu’auparavant. D’où peut donc bien venir cette photo ? Qui était le photographe ? Que montre-t-elle ? Retranscrit-elle les évènements ? N’est-ce pas en fait une photo qui n’a d’autre rôle que de manipuler ?

Ces questions restent de plus en plus en suspens mais ne semblent pas inquiéter les journaux télévisés qui ont pris l’habitude de se contenter d’images sans carte de visite. C’est un débat parallèle mais très proche que celui des films (qui sont aussi fait avec les même outils à disposition d’un très grand nombre) comme posté par youtube qui montrait la mise à sac de magasins à Poitiers mais surtout les actions violentes de CRS ont été repris dans les 20h comme la seule image de ce qui s’était passé. Au lieu de ne pas avoir d’images, une belle aubaine … mais de grande gravité. Il suffit de consulter le site web d’arrêt sur images pour voir qu’il n’est pas rare pour la même séquence d’avoir des contextes différents ainsi que des traductions qui ont des sens opposés entre TF1 et France2 par exemple. Grâce à cette pléthore les coûts sont bien moindres comme si la vérité avait un prix.

Un peu démago comme sentence, je suis d’accord mais ne peux dissimuler ma peur une nouvelle fois de voir la liberté d’expression et plus particulièrement d’appréciation tronquée dès le départ par une maîtrise et une interprétation libres des informations par des manipulations politiques. Si j’étais Mahmoud Ahmadinejad avant de continuer mes développements nucléaires j’équiperais mes équipes technologiquement pour permettre de capter les émissions sortantes et j’en émettrai à la place, créant une réalité totalement virtuelle en abreuvant de tweets, de vidéos youtube et d’autres messages le monde en disant par exemple que les désordres sont dirigés par Tsahal qui n’hésite pas à mettre à mort des Iraniens récalcitrants. Pourquoi pas ? Ca ne paraît techniquement pas si difficile à réaliser que cela et comme il y aura bientôt de moins en moins de contingent de journalistes, qui pourra dire un jour qu’il s’agit de manipulation et d’un mensonge?

vendredi 25 septembre 2009

I got the blues

Petit hommage à l’initiative de Martin Scorcèse d'il y a déjà plus de cinq ans et qui avait comme objet de rendre hommage à sa musique préférée, le blues.
Grâce à lui et au déstockage des coffrets reprenant les 7 DVDs ainsi qu'au coffret musical des 5 Cds qui reprend l’essentiel des chansons citées lors des films je suis devenu fan. On ne devient pas fan de cette musique a priori relativement simple en une fois.

C’est très étrange, il semble que cette musique doive d'abord passer au travers de nos différentes carapaces qui en général sont plus réceptives aux musiques simplistes grâce auxquelles nous ne pouvons au mieux que ressentir un vague désir sexuel si le tout est arrosé de plusieurs vodka-redbulls.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de visualiser l’ensemble des films documentaires, chacun réalisé par un metteur en scène différent et portant sur un thème particulier, mais après en avoir vu la moitié et surtout écouté en boucle les différents disques, de Skip James à Taj Mahal, j’ai été pris au tripes. Pris par ces rythmes qu’on ne peut s’empêcher de dissocier des rites tribaux africains. Cette pulsion du cœur et de l’âme qui s’exprime par la musique, cette profondeur abyssale qui permet de s’élever. Tout ceux qui ont écrit à son propos, ont toujours fait l’éloge de la musique sans toujours d’ailleurs se justifier. Car quel besoin, il suffit, d’écouter un clapotis ou du vent dans les arbres pour se sentir apaisé et comprendre le côté essentiel qu’a la musique, naturelle ou composée, dans nos vies. Je ne peux développer comme ceux qui ont prouvé qu’il était plus facile d’apprendre en écoutant du Mozart, mais cette énergie qui va au cœur en ce qui concerne le blues est venue essentiellement des champs de coton, et plus particulièrement du delta du Mississipi.

Véritable exutoire à la dure vie d’esclave/travailleur manuel, les blues-men avaient une capacité à parler net et directement à l’âme de leurs auditeurs. Je répète énormément ce mot âme, mais prenez cette chanson d’Othar Turner, Shortnin’, où les percussions s’entremêlent surplombée par un air de fifre qu’on aurait vite fait de juger comme jouant faux s’il n’était utilisé avec une telle puissance. « C’est l’homme qui fait parler l’instrument, si tu ne mets rien dedans rien de bon ne sort » et c’est ce qui fait la force du blues, l’impression que celui qui joue s’ouvre les tripes et nous les sort telles quelles devant nous, sans crier gare, encore chaudes de ses expériences. Ce serait trop réducteur de ne parler que de l’émotion générée par ces personnages pour la plupart issus de la classe la plus prolétaire qui soit. La maîtrise de leur instrument est énorme, d’autant plus que comme ils le font remarquer, ils arrivaient à sortir des sons d’instruments moins systématiques et parfaits qu'aujourd’hui. C’est peut-être aussi en partie ce qui fait le charme de cette musique, d’avoir un corde qui frotte, une caisse qui résonne trop et une voie qui déraille sous l’émotion.
Le parcours qu’offre Scorcèse a le mérite, comme il le dit lui-même d’un de ces prédécesseurs qui avaient parcouru le monde entier afin d’enregistrer la musique partout dans le monde, d’ancrer dans les mémoires des morceaux d’émotions, reflets eux-mêmes de morceaux d’histoire avant qu’ils ne s’éteignent avec leurs derniers interprètes.

Plongez vous dans Blind Willie Jonhson, Son House, Charley Patton, Robert Johnson et tous les autres sans hésiter, ne vous fiez pas à votre première impression, laissez les disques tourner et vous verrez des vies entières défiler avec leur lot de sentiments universels.

mercredi 4 février 2009

Terre des paysans, pays perdu ou avenir opportun ?

Le monde semble explorer de nouvelles options même s’il est trop tôt pour en être certain. Les incohérences finissent par créer une absurdité de vie, travailler pour gagner moins n’est pas sexy et ne semble pas supportable devant la paupérisation des masses de nos pays où nous nous vantions d’avoir une réelle classe moyenne à la différence des pays en voie de développement.
Dans ce cadre une intervention de Jean-Pierre Coffe a pris tout son sens. Publiant un ouvrage sur comment manger pour 9€ par jour, qu’on n’aura pas réellement osé taxer d’opportunisme dans l’émission de Ruquier, il fit référence une nouvelle fois au produit, mettant en avant les qualités tant nutritives qu’économiques de la cuisine que l’on fait soi-même. Et lui de fustiger les produits frigorifiés, coûteux en transport en opposition à la possibilité de redévelopper des zones maraîchères en bordure de ville. Pas bête.
D’autant plus si on met en relation la hausse artificielle (non perçue par les producteurs) des prix des fruits et légumes dans les grandes surfaces ainsi que la baisse de leurs qualités gustatives et nutritives. Il faut évidemment du temps pour faire cela, pour cultiver, organiser des marchés, s’y rendre, mais ce n’est pas impossible. D’un point de vue économique l’agriculteur de proximité pourrait être revalorisé et toucher un bénéfice plus grand et direct de ses efforts. Ne nous leurrons pas, la vie d’agriculteur est difficile, et la tendance à la concentration des surfaces agricoles n’est pas finie. La profession d’agriculteur ne rencontre plus beaucoup d’amateurs aujourd’hui. Et pourtant, on classe des vieilles pierres pour les protéger et bon nombre d’anciens agriculteurs, derniers défenseurs des bons produits sans être dans les produits d’exceptions rares et chars, mériteraient plus.
C’est en quelque sorte ce qu’a fait Raymond Depardon, les « classer » par ses images. Son ouvrage la Terre des Paysans, brillant pas sa poésie philosophique et lunaire est le résumé de son œuvre consacrée au monde rural. Depardon grâce à son obstination à photographier ou filmer la réalité de ces personnages aux abords durs et secs, a su percer l’écorce et nous dévoiler leur réalité simple et profonde. Tout le monde peut photographier une ferme, mais y capturer l’âme qui s’y ballade c’est une autre affaire. Sans doute ses parents agriculteurs lui ont permis d’avoir cette empathie nécessaire à l’égard de ces durs travailleurs, plus habitués à converser avec la nature qu’avec un journaliste. Le résultat est touchant. Les quelques phrases et dialogues cités sont dignes des plus profonds haïkus, c’est une réelle philosophie de la terre, une philosophie ayant perdu tous ses beaux habits pour ne garder plus que l’essence. Quoi de plus dur que de toucher à l’absolu en seulement quelques mots anodins.
Devant cette beauté, souvent triste comme la résignation, pourtant privée de jugement et de pessimisme excessif, il est bien dur de se relever. Des œuvres d’art vivantes, tellement en communion avec la nature qu’elles en ont compris la raison d’être.
Pays perdu, ouvrage court et magistral de Pierre Jourde m’a aussi fait ressentir ce côté absolu. Un héritier parti à la ville retourne dans son pays ancien pour en assurer la succession d’un point de vue administratif et le voilà témoin des derniers des paysans. Roman émouvant et magnifique qui donne tant de noblesse et de vérité à ces personnes, en évitant le piège de les idéaliser.
Evidemment, et ils l’acceptent, le monde a changé, les repreneurs se font rares, et puis comme le disent certaines, à l’usine on a pas peur d’une mauvaise saison ou d’un coup de gel, le salaire tombe tous les mois et on a les commodités et le week-end … Le monde a happé les héritiers de ces personnes vraies, mais pour quoi ? La crise aujourd’hui pourrait redistribuer des cartes, est-ce trop tard ? je ne l’espère pas.
Comment parvenir à une amélioration de la qualité de la nutrition alors que le pouvoir d’achat baisse et en même temps préserver notre histoire rurale ? Ca ne se fait pas en un tour de baguette magique, mais ça se planifie, ça se calcule, ça se légifère même. Autoriser les cultures en bordure de ville, mise à disposition de terrains communaux aux familles dont un ou deux sont au chômage, mise à disposition gratuite à ces personnes d’emplacements au centre des villes et en bordure avec des horaires souples, soirée et matinée, surtaxe des produits aux faibles valeurs nutritives et saturés en graisse, sucre et sel. On taxe bien l’alcool et les cigarettes sous couvert de leur dangerosité, faisons de même avec tous les fast-foods et les plats cuisinés. Tout ça avec comme but l’amélioration de la qualité des aliments proposés en contrecarrant la possible baisse du pouvoir d’achat due à la crise C’est une piste de réflexion parmi d’autres, qui pourrait pourquoi pas régler plusieurs problèmes pour le prix d’un. Ce repeuplement possible des campagnes et des fermes aurait aussi une influence positive sur les chiffres du chômage et sans doute sur les dépenses de la sécurité sociale en envisageant que les gens soient dans des meilleures conditions de vie.
On peut facilement m’objecter certains problèmes inhérents comme une désertion de grandes surfaces créant de nouvelles suppressions de poste, il est vrai et cela vaut la peine d’être étudié et calculé. Mais si cette crise nous fait sortir des cette consommation totale, ces distributeurs auront moins de raison d’être et ces personnes pourraient se reconvertir sur des marchés publics permanents, rien n’est fixé mais nous devons essayer.
Si certains retournent à la terre il est certain qu’on travaillera plus, pour gagner plus certainement pas, mais pour vivre mieux, certainement. Croisons les doigts pour que cette année nous offre cette opportunité, car n’oublions pas que dans nos campagnes, la plupart des vues valent tous les écrans plats du monde.