Bienvenue sur mon blog !Des articles sur tout en fonction des humeurs et de l'actualité. Egalement un mini-récit instantané - Histoire de Rien à retrouver en cliquant sur le libellé correspondant et à lire de façon chronologique surtout. De même pour le Journal d'avant 40.
vendredi 6 mars 2020
Marre des censeurs
lundi 4 mars 2019
2018 - Résumé d'une année gastronomique première partie
vendredi 19 mai 2017
Disparitions musicales
Le premier, homme de ma famille qui connut une enfance sous l’occupation allemande puis qui put se confronter à l’horreur humaine lors de la guerre d’Algérie était un ancien cheminot, touche à tout, fan d’histoire, d’ornithologie et de musique. Ses oreilles étaient altérées par un travail assourdissant sur les rails mais ça ne l’empêchait pas d’être un amateur de jazz et de me faire découvrir au casque, lorsque les grands dînaient, des morceaux de Duke Ellington et de Dizzie Gillepsie. Il jouait aussi avec brio de l’harmonica, diatonique ou chromatique. Je voulus suivre ses traces mais mon harmonica Hohner flambant neuf ne donnait que peu de mélodies cohérentes sous mon souffle. Ces bases de ma petite enfance ainsi que les écoutes de vinyles des premiers acteurs du rock n’ roll ont tracé ma route d’amateur de musique. Assez vite je fis partie des ados et jeunes qui passaient du temps à écouter de la musique, pas en fond mais bien comme activité principale. Quand on me demandait, tu as fait quoi ce mercredi après-midi il n’était pas rare que je réponde : “ J’ai écouté de la musique. - Non mais t’as fait quoi ? - Bah j’ai écouté de la musique. - Rien d’autre ? “ Et là c’est moi qui ne comprenait pas la question. Comme si l’écoute d’un album ne nécessitait qu’une demi-attention. Je suis donc devenu un passionné de musique de styles très variés il faut dire, en allant jusqu’à certains extrêmes (brutal death grind core metal et j’en passe). Parmi tous ces groupes celui que j’ai écouté le plus, de mes 14 ans jusqu’à aujourd’hui avec une fréquence toujours élevée, n’éprouvant aucune lassitude à l’écoute de leurs albums est Soundgarden. J’ai appris hier que le co-fondateur et chanteur Chris Cornell est mort soudainement la veille à Détroit, en plein milieu d’une tournée du groupe. En plus d’adorer les albums de Soundgarden (Dow on The Upside, Superunknown, Badmotorfinger, Louder than love) j’ai aussi développé une admiration pour Chris Cornell et l’ai suivi dans ses différents projets.
Je pense que son premier album solo a été celui que j’ai le plus écouté l’année de sa sortie, ainsi que
celui de Temple of the dog où son enchevêtrement de voix avec Eddie Vedder était sublime. Et dans un deuxième temps Audioslave, essentiellement les deux premiers albums. Sa voix est, était, exceptionnelle, capable d’alterner douceur, déchaînement rock et aigus splendides naviguant entre les octaves (4 à ce que les spécialistes en disent). Un son reconnaissable entre tous et un talent énorme. Il y a peu d’artistes qui arrivent à avoir du succès autant dans leurs projets parallèles que dans leur groupe phare. Ses albums solos sont très bons, même si il a expérimenté certaines choses qui peuvent en rebuter certains. Audioslave assurait et Soundgarden je le mets au Panthéon du rock. Même leur retour avec King Animal n’était pas loupé. Ce n’était certes pas leur meilleur album, mais il donnait l’espoir qu’ils y étaient encore et que le futur était prometteur, que les clivages passés entre Chris et Kim étaient histoires ancienne, entre une ligne de rock plus agressive et celle de morceaux plus posés. Soundgarden n’a certes pas tenu son succès que de Chris Cornell, les 4 membres sont excellents et forment un tout homogène et admirable. Kim Thayil avec ses lignes de guitare pleines de feeling, capable d’aller chercher au bon moment des harmonies exotiques. Ben Sheperd avec ses lignes de basse qui vouent tuméfient l’estomac en concert et Matt Cameron qui fut plus longuement connu comme batteur de Pearl Jam après la split de 1997, capable de tenir des concerts de plus de 3 heures avec brio. Je les avais vu une fois, lors d’un festival en 2012, c’était top même si pas assez long et le public présent n’était pas qu’un public de fans, attendant surtout Metallica qui jouait à la suite. C’était dans mes carnets d’aller les voir à la prochaine tournée, surveillant les dates de leur tournée d’été aux Etats-Unis espérant qu’ils passent l’Atlantique prochainement, me posant même la question de savoir si un petit A/R n’aurait pas été possible. Et voilà bam, tout s’arrête d’un coup. Plus d’harmonica, plus de chant, il reste pour le deuxième les disques certes, mais ça va faire un sacré manque.
lundi 20 juillet 2015
La Grenouillère d'Alexandre Gauthier - Montreuil
mercredi 27 mai 2015
Les BDs au service de l'histoire.
La présence d’un marchand de Bds dans ma rue depuis peu y a fortement contribué. D’ailleurs pour les Bruxellois n’hésitez pas à lui rendre visite plutôt que d’aller chez un grand distributeur qui vous sortira comme perle inconnue le dernier Larcenet et rien d’autre. Pas que le dernier Larcenet soit inintéressant. Il faut lui accorder que graphiquement le tome 1 de l’adaptation du roman de Paul Claudel le rapport de Brodeck est à la pointe. Ces noirs sans nuance sont assez bluffants. En revanche pour les bouffées d’air signalées par un vague rond je ne suis pas fan. Sinon concernant l’histoire c’est pas très passionnant. Je n’avais pas lu le roman et peut-être que tout sera dans le tome 2. Donc c’est un bel objet mais pas ce qui m’a rassuré récemment.
Dans deux styles graphiques totalement distincts et l’Or et le Sang et Gaza 1956 m’ont beaucoup plu. La première série composée de 4 tomes est très romancée, série d’aventure sur fond de réalité, commençant dans les tranchées de la première guerre mondiale et s’achevant avec l’écrasement de la république du Rif marocain avec l’utilisation d’armes chimiques en 1927. Outre le fait que le dessin est très dynamique, que les héros, personnages fictifs sont intéressants j’ai découvert un pan de l’histoire qui m’était totalement inconnu, non traité par les cours d’histoires que j’ai suivi à l’époque. L’art, et notamment la BD joue ici un rôle primordial pour aider la mémoire à se souvenir d’un moment particulier de l’histoire coloniale.
Plus lourd et plus dense, véritable ouvrage d’investigation historique, Gaza 1956 de Joe Sacco est un livre spectaculaire. Déjà la taille, pas loin de 400 pages avec un dessin en noir et blanc très précis et très détaillé. Ensuite le sujet, deux massacres perpétrés dans la bande de Gaza en 1956 et qui n’ont pas été particulièrement mis dans les livres d’histoires : ceux de Khan Younis et de Rafah. C’est un sujet très délicat bien entendu et extrêmement clivant. Cependant Sacco traite cela tel un historien et essayant de recouper les témoignages et ne garde que ce qui est corroboré par différentes sources. Il se dessine lui aussi au milieu des ruines, allant à la rencontre des anciens, témoins ou s’imaginant tels quels, se confronte au réel de conditions humanitaires dramatiques et inhumaines. La région est sinistrée mais le fait de traiter ces deux évènements explique en partie d’où vient la haine qui peut animer ces peuples humiliés, parqués et mal traités. Le point de vue adopté est celui de Gaza et non pas celui d’Israël et il ne faut pas oublier que les horreurs sont dans les deux camps, que les cartes sont brouillées depuis très longtemps. Mais pour en revenir au sujet et à la façon de le traiter, j’ai été totalement bluffé par ce que Sacco a réussi à faire. Je me sentais réellement plongé au cœur de la bande de Gaza et arrivait à comprendre (et pas prendre partie) certaines haines et certains mécanismes qui tendent à déstabiliser le Moyen-Orient et bien au-delà. Le sentiment était proche de celui éprouvé lors de la vision de grands films sur des journalistes couvrant des conflits majeurs. La différence ici étant le traitement en format dessiné et aussi cette recherche de ce qui s’est passé il y a 50 ans. C’est une Bd qui reste très lourde et qui est moins détendante qu’un Boule et Bill. Ce n’est donc pas à lire de la même façon mais c’est captivant et aussi particulièrement utile dans cette période où les politiques semblent vouloir nous servir une histoire aseptisée et se voiler la face. Donc avis à ceux qui ne souhaitent pas devenir des moutons ignorants, lisez des Bds !
lundi 26 janvier 2015
On prend les enfants pour des c###
Après s’être garé dans ce quartier résidentiel du sud de Bruxelles, nous découvrons une très vieille bâtisse au charme pittoresque. Les enfants sont excités, “moi je suis trop content que tu nous emmènes au spectacle papa” Joie et fierté paternelle.
Porte vieillissante qui grince légèrement à l’ouverture. Accueil plutôt chaleureux, comme le prix, pas de discrimination ici 9€ pour tout le monde, du bébé au vieillard. La salle est une vieille grange tout en longueur, hélas plan incliné. Devant des bancs réservés aux enfants ou aux quelques rares parents pouvant se planquer le long du mur en bout de rangée afin de rester non loin de leurs progénitures. Derrière des fauteuils pour les parents.
La deuxième partie fut légèrement plus fournie mais tellement mal organisée qu’en effet elle était hors d’atteinte des enfants et que même en voyant cela 10 fois entre 4 et 12 ans, personne n’aurait été capable de restituer cette histoire sans queue ni tête et mal déclamée. En quelques mots, une très mauvaise histoire.
Le seul bon souvenir qu’en garderont mes enfants sera le ballon reçu à la fin et ils eurent la gentillesse d’en donner un de plus, remplaçant celui éclaté sur le trottoir de sortie. Je sais reconnaître les qualités.
Le cadre est pittoresque je disais, la vieille rombière et le marionnettiste le sont aussi, restés coincés dans des illusions passéistes et sans doute gouvernés par l’avidité de faire 120 entrées à 9€ pour passer quelques morceaux de Mozart en faisant bouger une poupée. Ça paraît rentable même si j’ai peur que leur haute estime de l’intelligence humaine ne reflète la vacuité de leur et donc leur incompétence même à gérer cette manne providentielle.
mercredi 11 avril 2012
Un repas chez Loiseau
Comme je ne vais pas trahir ma mémoire je vais à l’essentiel sur le lieu. Endroit magnifique, escalier extérieur en bois encadrant un ascenseur vitré, herbiers, canards, piscine extérieur, terrain de boule, si si, ça le fait, spa de qualité, chambres à tomettes et boiseries typiques, terrasse privative sur laquelle la petite déjeuner se prend en toute sérénité. Y passer une journée et une nuit vaut réellement le détour. Le lieu a été pensé avec vrai bonhommie et finesse. On se sent vite à l’aise et détendu tout en pouvant prendre soin de son corps. Et plus particulièrement de son estomac. C’est quand même bien là pourquoi nous nous y sommes rendus. Dans le souci de découvrir la pâte de Bernard Loiseau, style prolongé par son fidèle chef Patrick Bertron, nous optons pour un menu les Classiques de Bernard Loiseau comprenant les plats qui vingt ans auparavant ont permis d’obtenir la troisième étoile Michelin.
Première surprise, le ton du service, les blagues fusent entre le maître d’hôtel, les chefs de rang, le sommelier. L’humeur est à la rigolade, ils nous jaugent et nous plaisantent très vite. Etonnant, agréable en fin de compte. On se sent chez soi, à la nuance près qu’ici sont accrochés au mur toute une collection de Buffet. Bernard Buffet ayant été un habitué, et payant ses repas à l’ancienne avec ses toiles, un ami du couple Loiseau.
La dégustation commence avec les Jambonnettes de grenouilles à la purée d’ail et au jus de persil. Un plat déstructuré et tout simplement génial permettant le bonheur de tremper à mains nues ces jambonnettes dans ces deux textures opposées et aux goûts si complémentaires. Un régal. Puis, grande révélation, Sandre à la peau croustillante et fondue d’échalotes, sauce au vin rouge. Grandes émotions pour ne pas dire plus, splendide, sublime. La réduction de vin de syrah (dix pour un), magique, répondant si bien à la fondue d’échalotes et à ce Sandre parfaitement cuit à merveille et à la peau croustillante. Un poisson sauce vin rouge, plat d’une extrême innovation il y a 20 ans et encore maintenant. Une vraie révélation pour moi. La suite avec la volaille et le foie gras avec la purée truffée, de très bonne facture, le plateau de fromage gourmand et ce dessert aux tuiles au chocolat, glace chocolat très très noir et coulis d’orange confite.
La bonne humeur que l’on voit dans la salle est palpable dans l’assiette. Le service comme je le disais plus haut, très proche du client. Et si je me souviens bien du prénom, merci à Julien qui nous a fait visiter l’ensemble du domaine et fait connaître tout un tas d’anecdotes utiles à la compréhension de l’histoire de ce haut lieu de la gastronomie française.
Evidemment quand on mange trois étoiles, on compte moins, mais si je compare à certains restaurants parisiens qui ne se sentent plus facturer, pour le prix d’un dîner dans la capitale, vous avez à Saulieu la nuit en chambre splendide et des soins au Spa en plus. Cela vaut largement la peine de prendre sa voiture et de se perdre quelques virages dans le massif du Morvant.
mardi 28 juin 2011
De la tradition que c’est bon - un soir chez Bocuse
Certains cuisiniers parient sur l’évolution, en ce qui concerne Bocuse on est sans doute plus sur un type d’ACDC de la grande cuisine, après avoir défini les bases toujours le même style depuis 40 ans (et plus pour Bocuse) mais c’est tellement bon. La soupe aux truffes VGE était une vraie surprise gustative n’ayant jamais eu l’occasion de gouter ce type de soupe puissante et recouverte d’une pâte feuilletée. Alors qu’y a-t-il dedans, pas évident de tout deviner, foie de veau ou foie gras ? Nous resterons avec mon ami chacun sur nos points de vue. Pour la truffe noire, pas de doute, on la sent, ce qui permit la plus belle association avec le Côte Rotie de chez Jamet. Un vrai régal. Evidemment ceux qui aiment manger une feuille de salade et quelques petits légumes à l’huile d’olive quand il fait plus de 25° dehors devront repasser en hiver. La sole avec ce beurre blanc légèrement grillé à la salamandre un régal jusqu’à n’en plus laisser une goûte de sauce même si j’avais conscience d’avoir déjà englouti ma botte de beurre. Pour le diététique on repassera aussi. A ce stade la faim vous quitte, mais l’enchantement continu. La volaille de Bresse cuite en vessie captive dès son arrivée, tel un ovni ovoïde au milieu des plats d’argent. C’est peut-être ici que le ravissement gustatif fut moindre, mais c’est sans doute en partie du au fait qu’estomac et palais ne sont plus habitués à tant manger. Cependant un accompagnement de sauce aux morilles sublimes, des petits légumes à la perfection et une viande ferme et savoureuse.
mercredi 9 mars 2011
Alain Ducasse au Plaza Athénée : un carnaval de saveurs.
mercredi 12 mai 2010
Quai d’Orsay de Blain et Lanzac
Je n’en avais personnellement jamais lu – je ne suis certes pas la meilleur référence dans ce domaine mais quand même– et j’ai été tout simplement scotché.
L’ayant pris un soir, reçu d’un ami, avant de m’endormir, je n’ai pu fermer l’œil avant d’avoir atteint la 96ème et dernière page.
C’est dense, intense, dessiné très justement, une merveille de ce que la bande-dessinée peut apporter. Certains considèrent souvent cet art comme mineur, quand ils lui accordent le rang d’expression artistique ce qui n’est déjà pas rien. Pour les sceptiques je leur conseille de prendre en main cet album, ils verront justement tout ce que l’on peut faire grâce à ce support à la fois figuratif et imaginaire. Un parfait mixe pour faire partager des sentiments profonds comme ceux du jeune Arthur, « réquisitionné » par le ministère des affaires étrangères pour s’occuper des langages, comprenez les discours et autres .
Ce ministre, qui n’est pas nommé tel quel est bien Dominique de Villepin. Les auteurs ne le dissimulent pas et on découvre un caractère fascinant, tout comme le mode de fonctionnement de ce type de cabinet dont le grand public ne connaît souvent que la partie émergée au travers de discours de ministre et de quelques actions à l’internationale. Le scepticisme et la résignation mêlée à une fascination surréaliste croissante du jeune attaché ministériel sont hilarants et touchants.
La vitalité décalée du ministre tourbillonnant en recherchant le mot juste qui deviendra injuste envers ses collaborateurs, le flegme et la force tranquille du chef de cabinet et les coups fourrés au sein du cabinet par certains conseillers forment une histoire captivante et instructive.
A priori ce n’est pas le genre de trucs qui semble très sexy, et pourtant ça fonctionne plus que bien. Foncez la lire et l’offrir, même pour les non-aficionados je suis certain que ça plaira beaucoup.
vendredi 2 avril 2010
La télé à la sauce culinaire
C’est quand on voyage que l’on comprend que la nourriture a malgré les dernières tendances comme le développement de la junk-food une importance toute particulière dans l’hémisphère. Il en est de même pour certains pays limitrophes comme l’Italie mais pas beaucoup plus.
Dès qu’on s’aventure en terre culinaire hostile on développe après quelques jours un sentiment de malaise, une certaine lassitude et un mal être lié au manque de plaisir procuré par les repas. Si les plus investis veulent bien me permettre ce parallèle, je pense que l’art de la table est bien la première religion et de loin – le nombre de prêcheurs est bien plus important que dans toute autre culture de la foi et si on parle des fidèles, on approche un taux record.
Je ne nie pas le fait que ce trait culturel ne soit pas acquis pour toujours. Comme tout il découle d’une culture, et par nature les cultures sont changeantes. Il est possible que dans 100ans la carte mondiale des amateurs de mets fins ait changé. Mais même si c’est le cas j’ai plaisir à croire que la France restera un pays agréable à vivre, d’un point de vue gustatif j’entends.
Le sujet n’est pas ici de comparer et de confronter différents pays et consommateurs, mais j’aimerais que la tendance de voir disparaître les petits restos au coin des rues où l’on mange bien pour pas cher s’arrête, car pour ce point l’Italie offre de meilleurs possibilités qu’en France, et je ne fais pas ici allusion aux pâtes ou pizzas qui sont des plats par essence moins coûteux.
Quand Fremantle et M6 ont lancé il y a plusieurs années l’émission Un Diner presque parfait, même si sceptiques il y avait, une étude sociologique poussée ne pouvait que montrer un succès potentiel. Et c’est le cas. Je me disais qu’un jour ça finira pas s’essouffler, que les gens en auront marre de recevoir des inconnus à la maison et de se faire une semaine entre inconnus. Mais non, l’amour du bien manger et ce renouveau du contact social mi-imposé fonctionne bien. Avec la disparition de restaurants et de cafés de quartier qui proposaient pour l’équivalent d’à peine quelques euros un bœuf bourguignon ou d’un petit salé, il est moins facile de faire connaissance. Mais cela n’a pas éteint le plaisir de communier autour d’une bonne assiette. On retrouve heureusement cet esprit dans des petits restos disséminés sur le territoire avec chacun leur spécialité, qu’il s’agisse de petit bouchons lyonnais ou d’auberges d’alpage. Mais dans certaines villes importantes, emportés par le train-train cela semble moins évident, et comme une émission salutaire la télé a produit en Un Dîner l’une de ses plus belles réussites.
En faisant malgré tout une overdose et ayant subi la pression indirecte de cette émission derrière mes fourneaux, me mettant à présenter mes assiettes, trouvant de la créativité – sans doute répétant inconsciemment certaines bonnes idées de candidats – je pensais faire un break avec ces émissions culinaires, gardant cependant dès que possible un œil sur la diffusion de Bon appétit bien sur ! et Les escapades gourmandes. Mais un soir rentrant du sport, zappant machinalement comme un animal social de fin de journée vaincu par l’aridité de se lancer dans une tâche intellectuelle, je tombe sur Top Chef. Pas le premier épisode, et en cours d’émission, au départ je me pose des questions sur le déroulement, reconnais des chefs connus comme membres du jury. Je ne décroche pas. Semaine d’après, même schéma, je retombe devant sans trop l’attendre et depuis je n’attends plus que cela avec une certaine excitation. Je suis devenu fan, fan car comme décrit précédemment il s’agit d’une passion universelle – l’art culinaire – que les épreuves sont variées, distrayantes mais jamais dégradantes, et qu’il s’agit d’un concours et non pas d’une télé réalité ou trash tv. Pas besoin de savoir si Brice ou Pierre ont eu des aventures homosexuelles dans leur jeunesse ou s’ils aiment se faire masser le dos après avoir débité un quartier de bœuf. La production ne peut certes s’empêcher d’avoir fait quelques légères incartades en faisant venir des membres de la famille pour un jury ou de passer le stress ou tristesse d’un candidat mais cela reste limité.
Le publique ne juge pas (à ce stade pas encore vu la finale, on ne sait jamais mais cela aurait cependant moins d’impact), ce sont des professionnels, et pas plus ou moins grillés comme ceux de la Nouvelle Star, ayant prouvé des choses de grandes qualités traduites pas de multiples étoiles, qui sont membres du jury et qui surtout font des commentaires objectifs reposant sur une base technique extrêmement solide. Ici pas de candidat chantant évidemment faux se faisant encenser en lui promettant une grande carrière.
La cuisine relève de l’art, c'est-à-dire précision, technique, respect de matières et inspiration, c’est cela qui fait le côté jouissif de voir s’affronter ou collaborer en fonction des épreuves ces candidats, qui sont tous ou presque déjà d’aguerris cuisiniers. Le mixe concours, cuisine, quelques astuces, beauté et projection gustative fonctionne à 100%, du moins pour moi, et c’est pour cela que je suis fan.
mardi 30 mars 2010
Les expos font popo
Les dernières qui restaient présentes à mon esprit ne m’avaient apporté que très peu de satisfaction, je me souviens avoir fait plusieurs remarques comme quoi si un peintre célèbre va à la toilette rien ne sert d’exposer le papier qui aura caressé son entre-fesse.
Cette crainte en tête je profite de l’exposition Gréco à Bruxelles pour aller voir ce peintre dont je suis un inconditionnel.
Tout excité j’ai la malchance, prévisible certes pour un après midi de semaine, d’être pris entre un car de vieux retraités aux verres aussi épais que les tessons d’une bouteille d’Orval et une classe de lycéens et étudiants n’ayant pas encore délaissés les décorations de sapin de noël propres à leur récente puberté. Malgré tout excité et heureux de n’avoir payé qu’un euro cinquante grâce à ma carte de chômeur je m’embarque dans le dédale de salles obscures, très obscures, trop obscures, je crains les collisions avec les petits grisonnants, ils n’avaient pas besoin de ça pour déjà entamer le grand ballet des auto-tamponneuses.
Première difficulté, des murs noirs, des éclairages seulement pour servir les œuvres et des textes écrits en blanc sur noir. Petit cadeau, vous gardez la surimpression du texte comme marque quand vous tournez les yeux vers la première œuvre. C’est un détail mais ça m’a bien embêté de voir les ciels tourmentés que j’aime tant avec ces lignes en surimpression. Un détail et si tout le reste avait été parfait, on s’en serait moqué. Mais alors que Greco est un peintre qu’il faut situer, qui a eu une évolution de style impressionnante et très intéressante, passant d’un peintre d’icônes en Crête par l’école du Titien et finissant par être un maître chéri à Tolède. C’est devenu la mode, sans doute pour justifier leur talent génialissime, pour les responsables d’expos de casser le schéma traditionnel chronologique. Et bien c’est à n’y rien comprendre. Connaissant plutôt bien l’œuvre du Gréco, ayant voyagé pour observer des œuvres génialissimes aux Etats-Unis et en Europe, j’étais perdu. Heureux certes de trouver son trait inimitable mais totalement déçu devant la confusion totale de l’expo, mêlant œuvres de l’école, œuvres de Tolède, passant par d’autres de jeunesse réalisée à Rome, revenant sur des œuvres plus matures et des copies d’œuvres intransportables comme l’enterrement du compte d’Orgaz, dont seulement (mais c’est compréhensible) une copie de la partie inférieure est présentée.
Gardant un goût amer je m’aventure à Paris dans une expo ayant le point commun du gréco : l’exposition sur la peinture espagnole au musée André Jacquemart de Greco à Dali, collection Perez. Ne sachant trop à quoi m’attendre je découvre avec stupeur dans la première salle que l’approche par thème a été choisie : et nous revoilà dans les délires et pétants plus haut que leur cul de directeurs d’expo qui ont perdu de vue le rôle des expositions. Ce n’est pas de faire briller par une fausse maîtrise technique mais bel et bien de faire partager. Alors nous voici avec des salles mêlant des œuvres sur plus de5 siècles articulées autour de thèmes très atypiques : la fête, le sacré, les enfants, les portraits. Quelle originalité, je suis heureux d’apprendre que ces thèmes sont propres à la peinture espagnole et quelle pertinence d’associer un Dali et un Ribera qui n’ont rien en commun et dont l’écart tant au niveau des siècles que de l’évolution des sujets ne permet de rien déduire d’une quelconque racine commune. L’audio-guide aurait peut-être essayé de me dire le contraire mais il faut arrêter, cette exposition est mauvaise. Impossible d’apprendre quoi que ce soit de concret.
Quant au nom de Greco il est quasi usurpé, la seule œuvre provenant de lui était une mini miniature où il est malgré tout difficile de jurer qu’il s’agit bien de lui et non d’un de ses élèves. Pour les dessins de Picasso, il s’agit de ceux qu’il apposait aux dos des cartes de visite de ses amis (cartes plus grandes il est vrai que maintenant). En revanche la collection permanente du musée vaut le coup d’œil mais ce n’est pas le sujet.
Cela m’exaspère ces expos blagues où sans effort et sans œuvres on souhaite faire payer l’entrée 13 euros. Que des personnes s’approprient les œuvres pour les exposer et toucher les visiteurs au plus juste je comprends. Mais ici il s’agit d’escroquerie, après ces même personnes s’étonneront de ce qu’ils se targueront d’appeler dans les salons mondains, la mort de la culture, et le développement de la vulgarité et de l’ignorance au sein des masses.
samedi 28 novembre 2009
Trop de media tue l'informaton.
Le débat n’est pas ici de parler de la véracité des propos et de la réelle impartialité des journalistes qui nous transmettent les informations malgré tout par leur subjectivité, constituée elle-même des valeurs et principes qui règnent ou sont en vogue dans notre pays. Mais dans tous ces méandres quelquefois d’influence la photo m’a toujours semblé comme le média le plus pur car le plus direct et réel. Bien entendu comme tout objet de communication il fut et reste un objet fortement utilisé pour la propagande. Certaines personnes pouvant disparaître comme Trotsky après 1941. Toujours est-il que ces photojournalistes ont toujours eu comme principale intention de rapporter l’image brute et crue qui nous permette soit de comprendre soit de réfuter en bloc, mais avant tout de nous présenter une image de la réalité. Ces clichés pénètrent dans notre inconscient et sont bien souvent les seuls images de réalité qui nous reste, comme, pour remonter un peu plus loin, les images du débarquement prises par Robert Capa ainsi que celle de la guerre du Vietnam prises par Don McCullin.
Gage d’une qualité et d’une éthique que l’on ne contestait que très rarement, cette spécialité française du photojournalisme a en quelque sorte écrit l’histoire jusqu’à aujourd’hui, mais aujourd’hui seulement. Il semble bien que la mutation du monde media et l’explosion des sources d’informations professionnelles aient assassiné cette profession. Les photographes professionnels de l’agence doivent donc être aujourd’hui sur le pas de la porte et avoir un goût amer dans la bouche. Certains auraient presque le droit de regretter ne pas avoir fait dans la facilité en se convertissant en photographe de studio grâce à quoi ils auraient pourtant bien mieux gagner leur vie.
Donc fini les photos marquantes et significatives, bonjour aux photos aléatoires dont on ne connaitra pour la plupart jamais la provenance. Une bonne photo avec un téléphone portable montrant une manifestation, une guerre civile même. C’est super, il n’a jamais été aussi facile de se procurer de l’info, et d’en retransmettre malgré les interdits politiques en passant par-dessus les frontières qu’internet ne connaît presque pas. Ainsi les images des émeutes en Iran sont apparues et nous avons eu comme une vision interne de ces moments étouffés par le gouvernement. D’un côté je ne peux que m’en réjouir, fini les opérations en vase clos … et pourtant, j’aurais toujours un doute plus affirmé qu’auparavant. D’où peut donc bien venir cette photo ? Qui était le photographe ? Que montre-t-elle ? Retranscrit-elle les évènements ? N’est-ce pas en fait une photo qui n’a d’autre rôle que de manipuler ?
Ces questions restent de plus en plus en suspens mais ne semblent pas inquiéter les journaux télévisés qui ont pris l’habitude de se contenter d’images sans carte de visite. C’est un débat parallèle mais très proche que celui des films (qui sont aussi fait avec les même outils à disposition d’un très grand nombre) comme posté par youtube qui montrait la mise à sac de magasins à Poitiers mais surtout les actions violentes de CRS ont été repris dans les 20h comme la seule image de ce qui s’était passé. Au lieu de ne pas avoir d’images, une belle aubaine … mais de grande gravité. Il suffit de consulter le site web d’arrêt sur images pour voir qu’il n’est pas rare pour la même séquence d’avoir des contextes différents ainsi que des traductions qui ont des sens opposés entre TF1 et France2 par exemple. Grâce à cette pléthore les coûts sont bien moindres comme si la vérité avait un prix.
Un peu démago comme sentence, je suis d’accord mais ne peux dissimuler ma peur une nouvelle fois de voir la liberté d’expression et plus particulièrement d’appréciation tronquée dès le départ par une maîtrise et une interprétation libres des informations par des manipulations politiques. Si j’étais Mahmoud Ahmadinejad avant de continuer mes développements nucléaires j’équiperais mes équipes technologiquement pour permettre de capter les émissions sortantes et j’en émettrai à la place, créant une réalité totalement virtuelle en abreuvant de tweets, de vidéos youtube et d’autres messages le monde en disant par exemple que les désordres sont dirigés par Tsahal qui n’hésite pas à mettre à mort des Iraniens récalcitrants. Pourquoi pas ? Ca ne paraît techniquement pas si difficile à réaliser que cela et comme il y aura bientôt de moins en moins de contingent de journalistes, qui pourra dire un jour qu’il s’agit de manipulation et d’un mensonge?
vendredi 25 septembre 2009
I got the blues
Grâce à lui et au déstockage des coffrets reprenant les 7 DVDs ainsi qu'au coffret musical des 5 Cds qui reprend l’essentiel des chansons citées lors des films je suis devenu fan. On ne devient pas fan de cette musique a priori relativement simple en une fois.
C’est très étrange, il semble que cette musique doive d'abord passer au travers de nos différentes carapaces qui en général sont plus réceptives aux musiques simplistes grâce auxquelles nous ne pouvons au mieux que ressentir un vague désir sexuel si le tout est arrosé de plusieurs vodka-redbulls.
Je n’ai pas encore eu l’occasion de visualiser l’ensemble des films documentaires, chacun réalisé par un metteur en scène différent et portant sur un thème particulier, mais après en avoir vu la moitié et surtout écouté en boucle les différents disques, de Skip James à Taj Mahal, j’ai été pris au tripes. Pris par ces rythmes qu’on ne peut s’empêcher de dissocier des rites tribaux africains. Cette pulsion du cœur et de l’âme qui s’exprime par la musique, cette profondeur abyssale qui permet de s’élever. Tout ceux qui ont écrit à son propos, ont toujours fait l’éloge de la musique sans toujours d’ailleurs se justifier. Car quel besoin, il suffit, d’écouter un clapotis ou du vent dans les arbres pour se sentir apaisé et comprendre le côté essentiel qu’a la musique, naturelle ou composée, dans nos vies. Je ne peux développer comme ceux qui ont prouvé qu’il était plus facile d’apprendre en écoutant du Mozart, mais cette énergie qui va au cœur en ce qui concerne le blues est venue essentiellement des champs de coton, et plus particulièrement du delta du Mississipi.
Véritable exutoire à la dure vie d’esclave/travailleur manuel, les blues-men avaient une capacité à parler net et directement à l’âme de leurs auditeurs. Je répète énormément ce mot âme, mais prenez cette chanson d’Othar Turner, Shortnin’, où les percussions s’entremêlent surplombée par un air de fifre qu’on aurait vite fait de juger comme jouant faux s’il n’était utilisé avec une telle puissance. « C’est l’homme qui fait parler l’instrument, si tu ne mets rien dedans rien de bon ne sort » et c’est ce qui fait la force du blues, l’impression que celui qui joue s’ouvre les tripes et nous les sort telles quelles devant nous, sans crier gare, encore chaudes de ses expériences. Ce serait trop réducteur de ne parler que de l’émotion générée par ces personnages pour la plupart issus de la classe la plus prolétaire qui soit. La maîtrise de leur instrument est énorme, d’autant plus que comme ils le font remarquer, ils arrivaient à sortir des sons d’instruments moins systématiques et parfaits qu'aujourd’hui. C’est peut-être aussi en partie ce qui fait le charme de cette musique, d’avoir un corde qui frotte, une caisse qui résonne trop et une voie qui déraille sous l’émotion.
Le parcours qu’offre Scorcèse a le mérite, comme il le dit lui-même d’un de ces prédécesseurs qui avaient parcouru le monde entier afin d’enregistrer la musique partout dans le monde, d’ancrer dans les mémoires des morceaux d’émotions, reflets eux-mêmes de morceaux d’histoire avant qu’ils ne s’éteignent avec leurs derniers interprètes.
Plongez vous dans Blind Willie Jonhson, Son House, Charley Patton, Robert Johnson et tous les autres sans hésiter, ne vous fiez pas à votre première impression, laissez les disques tourner et vous verrez des vies entières défiler avec leur lot de sentiments universels.
mercredi 4 février 2009
Terre des paysans, pays perdu ou avenir opportun ?
C’est en quelque sorte ce qu’a fait Raymond Depardon, les « classer » par ses images. Son ouvrage la Terre des Paysans, brillant pas sa poésie philosophique et lunaire est le résumé de son œuvre consacrée au monde rural. Depardon grâce à son obstination à photographier ou filmer la réalité de ces personnages aux abords durs et secs, a su percer l’écorce et nous dévoiler leur réalité simple et profonde. Tout le monde peut photographier une ferme, mais y capturer l’âme qui s’y ballade c’est une autre affaire. Sans doute ses parents agriculteurs lui ont permis d’avoir cette empathie nécessaire à l’égard de ces durs travailleurs, plus habitués à converser avec la nature qu’avec un journaliste. Le résultat est touchant. Les quelques phrases et dialogues cités sont dignes des plus profonds haïkus, c’est une réelle philosophie de la terre, une philosophie ayant perdu tous ses beaux habits pour ne garder plus que l’essence. Quoi de plus dur que de toucher à l’absolu en seulement quelques mots anodins.
Devant cette beauté, souvent triste comme la résignation, pourtant privée de jugement et de pessimisme excessif, il est bien dur de se relever. Des œuvres d’art vivantes, tellement en communion avec la nature qu’elles en ont compris la raison d’être.
Evidemment, et ils l’acceptent, le monde a changé, les repreneurs se font rares, et puis comme le disent certaines, à l’usine on a pas peur d’une mauvaise saison ou d’un coup de gel, le salaire tombe tous les mois et on a les commodités et le week-end … Le monde a happé les héritiers de ces personnes vraies, mais pour quoi ? La crise aujourd’hui pourrait redistribuer des cartes, est-ce trop tard ? je ne l’espère pas.






