samedi 28 novembre 2009

Trop de media tue l'informaton.

Dernièrement j’ai eu un petit choc lorsqu’un des piliers de mon système référent s’est écroulé. Ayant toujours voué une grande admiration pour les grands reporters la fermeture (il s’agit bien de cela) de la grande agence de photojournalisme Gamma, créée entre autres par Raymond Depardon, m’a attristé.

Le débat n’est pas ici de parler de la véracité des propos et de la réelle impartialité des journalistes qui nous transmettent les informations malgré tout par leur subjectivité, constituée elle-même des valeurs et principes qui règnent ou sont en vogue dans notre pays. Mais dans tous ces méandres quelquefois d’influence la photo m’a toujours semblé comme le média le plus pur car le plus direct et réel. Bien entendu comme tout objet de communication il fut et reste un objet fortement utilisé pour la propagande. Certaines personnes pouvant disparaître comme Trotsky après 1941. Toujours est-il que ces photojournalistes ont toujours eu comme principale intention de rapporter l’image brute et crue qui nous permette soit de comprendre soit de réfuter en bloc, mais avant tout de nous présenter une image de la réalité. Ces clichés pénètrent dans notre inconscient et sont bien souvent les seuls images de réalité qui nous reste, comme, pour remonter un peu plus loin, les images du débarquement prises par Robert Capa ainsi que celle de la guerre du Vietnam prises par Don McCullin.

Gage d’une qualité et d’une éthique que l’on ne contestait que très rarement, cette spécialité française du photojournalisme a en quelque sorte écrit l’histoire jusqu’à aujourd’hui, mais aujourd’hui seulement. Il semble bien que la mutation du monde media et l’explosion des sources d’informations professionnelles aient assassiné cette profession. Les photographes professionnels de l’agence doivent donc être aujourd’hui sur le pas de la porte et avoir un goût amer dans la bouche. Certains auraient presque le droit de regretter ne pas avoir fait dans la facilité en se convertissant en photographe de studio grâce à quoi ils auraient pourtant bien mieux gagner leur vie.

Donc fini les photos marquantes et significatives, bonjour aux photos aléatoires dont on ne connaitra pour la plupart jamais la provenance. Une bonne photo avec un téléphone portable montrant une manifestation, une guerre civile même. C’est super, il n’a jamais été aussi facile de se procurer de l’info, et d’en retransmettre malgré les interdits politiques en passant par-dessus les frontières qu’internet ne connaît presque pas. Ainsi les images des émeutes en Iran sont apparues et nous avons eu comme une vision interne de ces moments étouffés par le gouvernement. D’un côté je ne peux que m’en réjouir, fini les opérations en vase clos … et pourtant, j’aurais toujours un doute plus affirmé qu’auparavant. D’où peut donc bien venir cette photo ? Qui était le photographe ? Que montre-t-elle ? Retranscrit-elle les évènements ? N’est-ce pas en fait une photo qui n’a d’autre rôle que de manipuler ?

Ces questions restent de plus en plus en suspens mais ne semblent pas inquiéter les journaux télévisés qui ont pris l’habitude de se contenter d’images sans carte de visite. C’est un débat parallèle mais très proche que celui des films (qui sont aussi fait avec les même outils à disposition d’un très grand nombre) comme posté par youtube qui montrait la mise à sac de magasins à Poitiers mais surtout les actions violentes de CRS ont été repris dans les 20h comme la seule image de ce qui s’était passé. Au lieu de ne pas avoir d’images, une belle aubaine … mais de grande gravité. Il suffit de consulter le site web d’arrêt sur images pour voir qu’il n’est pas rare pour la même séquence d’avoir des contextes différents ainsi que des traductions qui ont des sens opposés entre TF1 et France2 par exemple. Grâce à cette pléthore les coûts sont bien moindres comme si la vérité avait un prix.

Un peu démago comme sentence, je suis d’accord mais ne peux dissimuler ma peur une nouvelle fois de voir la liberté d’expression et plus particulièrement d’appréciation tronquée dès le départ par une maîtrise et une interprétation libres des informations par des manipulations politiques. Si j’étais Mahmoud Ahmadinejad avant de continuer mes développements nucléaires j’équiperais mes équipes technologiquement pour permettre de capter les émissions sortantes et j’en émettrai à la place, créant une réalité totalement virtuelle en abreuvant de tweets, de vidéos youtube et d’autres messages le monde en disant par exemple que les désordres sont dirigés par Tsahal qui n’hésite pas à mettre à mort des Iraniens récalcitrants. Pourquoi pas ? Ca ne paraît techniquement pas si difficile à réaliser que cela et comme il y aura bientôt de moins en moins de contingent de journalistes, qui pourra dire un jour qu’il s’agit de manipulation et d’un mensonge?

dimanche 25 octobre 2009

Le chat et la souris politique : le Sarkozy Nouveau est arrivé !

Ça m’énerve ces débats à deux francs six sous qui n’ont comme finalité que l’augmentation du temps d’antenne accordée à la famille Sarkozy. Alors histoire de m’inscrire dans cette néfaste tendance voici que ma trop rare prose s’en mêle. Bah oui, les sonnettes d’alarme on a beau les tirer, ça ne change pas grande chose.
Les débats ont heureusement le mérite d’exister sur nos antennes, une nouvelle fois toute mon admiration à l’émission de Frédéric Taddei qui survit et sait se régénérer pas son traitement de l’info, dynamisant son traitement par des revues de presses, instaurant des nouveaux mécanismes media avec des interviews et concerts d’artistes dont des exclues live se prolongent sur internet. La semaine dernière le népotisme présidentiel a été traité et pour approfondir je vous invite à aller directement regarder l’émission de très bonne facture du mercredi 14 octobre.

Il est en revanche hallucinant de voir les débats se multiplier sur ce sujet. Hier par exemple à l’émission de Ruquier ou un simulacre de vestige de la droite essayait de nous faire croire que JS était le nouveau messie. Selon moi il n’y a pas de polémique. Si cette personne, de 23 ans maintenant n’avait été fils de il n’aurait jamais été élu et l’histoire s’arrêterait là. Ce qui est plus étonnant c’est en quelque sorte le retard dans la réaction. Qu’un des élus soit nommé à la tête de l’EPAD c’est normal, qu’il s’agisse de lui vu son nom et le poids de son nom au niveau international je dirais même pourquoi pas. Le gros point d’interrogation concerne le foin qui est fait aujourd’hui alors qu’il aurait dû être d’autant plus véloce au moment de son élection au conseil général. Certains en avaient parlé, disant que le président préparait son fils à prendre la suite, c’est sans doute vrai, mais pourquoi ne réagir réellement que maintenant.
Qu’il ait pu accéder à son premier mandat politique grâce à son nom c’est donc évident et c’est ne lui apporter que trop d’importance que de polémiquer et de lui offrir une telle couverture médiatique. Il n’est pas rare de voir des fils/fille de devenir membre du CA de l’entreprise de leur père comme au sein de LVMH par exemple, ou de voir des enfants catapultés à des postes dont ils n’ont pas les compétences qui seraient requises de candidats lambdas. C’est rageant mais c’être trop naïf que de croire qu’il s’agit d’une exception.
Le pouvoir aime son cercle restreint. Dans des pays comme la Belgique mon expérience de chasseur de têtes m’a fait réaliser qu’une bonne partie des cadres dirigeants n’étaient pas nommés dans leur premier poste clé grâce à leur formation ou expérience (n’en ayant souvent pas pour la seconde et la première étant acheté à coups de milliers d’euros et offerts sur tapis vert par leurs parents soucieux qu’ils fréquentent des institutions de renom) mais bien par leur filiation : « Tiens tu verras en entretien le fils de mon ami … - pourquoi ? – c’est une jeune prometteur - ah bon et comment tu vois ça – si si ne t’inquiète pas et en plus c’est le fils de mon ami Pierre Delhaize … » Une fois que ces enfants prodigues ont pris le bon ascenseur libre à eux de s’exprimer, et s’ils comprennent vite et sont relativement bons, le succès est assuré. Ce n’est plus à ce moment que l’on peut les critiquer, car s’ils subsistent ce sera le plus souvent par un certain nombre de qualités dont ils font preuve. Souvent exposés à des problématiques complexes assez jeunes ils sauront démontrer une maturité et une mise en perspective stratégique qui les distinguera. L’injustice, si on peut employer ce terme car ce sont les personnes qui rédigent ces lois écrites ou tacites qui l’exercent, est à la base, au premier poste, à l’accession au premier niveau de pouvoir.
En ce qui concerne JS, c’est cette première injustice qu’il faut condamner. Faire sur lui un procès de compétence ne sert à rien. Bien entendu il n’est pas la personne la plus compétente, mais n’est-il pas juste la plus influente ? En entreprise les CEO et Chairman ne sont pas forcément les plus compétents, du moins pas d’un point de vue exécutif. Ils ont simplement d’autres atouts.

Le fait que JS refuse sa nomination est en revanche plus intrigant et je ne sais si l’on peut l’attribuer à une émotivité paternelle ou à un élan romantique filial. Cette action ne peut que servir des dessins à moyen terme mais repose sur la certitude de la réélection du père à la tête de l’état. Il faudra au moins une nouvelle année pour que JS puisse se montrer, voir plus, et à ce moment les media ni l’opinion publique ne pourront plus rien lui refuser et pas même un portefeuille de ministre ou secrétaire d’état. Faisons les paris ! Si le père est réélu je vois le fils ministre dans les 5 ans, pas moins.

vendredi 25 septembre 2009

I got the blues

Petit hommage à l’initiative de Martin Scorcèse d'il y a déjà plus de cinq ans et qui avait comme objet de rendre hommage à sa musique préférée, le blues.
Grâce à lui et au déstockage des coffrets reprenant les 7 DVDs ainsi qu'au coffret musical des 5 Cds qui reprend l’essentiel des chansons citées lors des films je suis devenu fan. On ne devient pas fan de cette musique a priori relativement simple en une fois.

C’est très étrange, il semble que cette musique doive d'abord passer au travers de nos différentes carapaces qui en général sont plus réceptives aux musiques simplistes grâce auxquelles nous ne pouvons au mieux que ressentir un vague désir sexuel si le tout est arrosé de plusieurs vodka-redbulls.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de visualiser l’ensemble des films documentaires, chacun réalisé par un metteur en scène différent et portant sur un thème particulier, mais après en avoir vu la moitié et surtout écouté en boucle les différents disques, de Skip James à Taj Mahal, j’ai été pris au tripes. Pris par ces rythmes qu’on ne peut s’empêcher de dissocier des rites tribaux africains. Cette pulsion du cœur et de l’âme qui s’exprime par la musique, cette profondeur abyssale qui permet de s’élever. Tout ceux qui ont écrit à son propos, ont toujours fait l’éloge de la musique sans toujours d’ailleurs se justifier. Car quel besoin, il suffit, d’écouter un clapotis ou du vent dans les arbres pour se sentir apaisé et comprendre le côté essentiel qu’a la musique, naturelle ou composée, dans nos vies. Je ne peux développer comme ceux qui ont prouvé qu’il était plus facile d’apprendre en écoutant du Mozart, mais cette énergie qui va au cœur en ce qui concerne le blues est venue essentiellement des champs de coton, et plus particulièrement du delta du Mississipi.

Véritable exutoire à la dure vie d’esclave/travailleur manuel, les blues-men avaient une capacité à parler net et directement à l’âme de leurs auditeurs. Je répète énormément ce mot âme, mais prenez cette chanson d’Othar Turner, Shortnin’, où les percussions s’entremêlent surplombée par un air de fifre qu’on aurait vite fait de juger comme jouant faux s’il n’était utilisé avec une telle puissance. « C’est l’homme qui fait parler l’instrument, si tu ne mets rien dedans rien de bon ne sort » et c’est ce qui fait la force du blues, l’impression que celui qui joue s’ouvre les tripes et nous les sort telles quelles devant nous, sans crier gare, encore chaudes de ses expériences. Ce serait trop réducteur de ne parler que de l’émotion générée par ces personnages pour la plupart issus de la classe la plus prolétaire qui soit. La maîtrise de leur instrument est énorme, d’autant plus que comme ils le font remarquer, ils arrivaient à sortir des sons d’instruments moins systématiques et parfaits qu'aujourd’hui. C’est peut-être aussi en partie ce qui fait le charme de cette musique, d’avoir un corde qui frotte, une caisse qui résonne trop et une voie qui déraille sous l’émotion.
Le parcours qu’offre Scorcèse a le mérite, comme il le dit lui-même d’un de ces prédécesseurs qui avaient parcouru le monde entier afin d’enregistrer la musique partout dans le monde, d’ancrer dans les mémoires des morceaux d’émotions, reflets eux-mêmes de morceaux d’histoire avant qu’ils ne s’éteignent avec leurs derniers interprètes.

Plongez vous dans Blind Willie Jonhson, Son House, Charley Patton, Robert Johnson et tous les autres sans hésiter, ne vous fiez pas à votre première impression, laissez les disques tourner et vous verrez des vies entières défiler avec leur lot de sentiments universels.